On a testé le harcèlement sexuel en VR

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On a testé le harcèlement sexuel en VR
10 Octobre, 2018

Ce projet, qui en est à ses balbutiements, vise à confronter hommes et femmes à ce qu'est le harcèlement de rue, au travail, ou dans un festival.

 

Un casque de réalité virtuelle vissé sur le crâne, nous voici au premier jour d’un nouvel emploi. Nos collègues nous souhaitent la bienvenue. L’un d’entre eux, qui nous fait face dans ce bureau aux airs de bocal, nous indique qu’il sera là pour nous aider. Il utilise trop de clins d’œils. Ose une blague graveleuse. Nous sommes déjà un peu mal à l’aise, mais lui ne semble pas décidé à s’arrêter là.

 

Très vite, il invente des stratagèmes pour se retrouver seul avec nous à la photocopieuse. Il devient insistant, envahissant, se rapproche de nous, commente la longueur de notre jupe « d’allumeuse », et finit par nous proposer une petite fellation sous la table, ni vu ni connu.

 

Cette histoire que nous avons eu la chance de ne vivre qu’à travers un Oculus Go, c’est celle d’une femme qui s’est faite harceler sexuellement au travail. Une histoire vraie issue d’un livre-témoignage, que l’équipe du projet « La Traque » a reconstituée sous la forme d’un film en réalité virtuelle. L’objectif : faire prendre conscience de ce qu’est le harcèlement.

 

UNE IMPRESSION DE RÉALITÉ, PAS SI VIRTUELLE

L’épisode de 7 minutes que Numerama a pu tester est un pilote développé par le studio Reverto, spécialisé dans la VR et les sujets de société. Si l’on y regrette quelques petites imperfections techniques (on se demande pourquoi on passe parfois d’une vision à la première personne à celle d’un banal spectateur) et scénaristiques (on aurait apprécié voir la manière dont le harcèlement débute de manière plus insidieuse plutôt qu’avec des « blagues » frontales à caractère sexuel dès le départ), il laisse entrevoir ce que l’on peut ressentir au travers de la réalité virtuelle.

En plein test chez Numerama. // Source : Pauline Verduzier

 

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’on nous prévient, avant de mettre le casque, de ne pas hésiter à le retirer si on ne le supportait pas : l’expérience devient pour certains rapidement oppressante, et ne laisse en tout cas pas indifférent.

 

LE HARCÈLEMENT PEUT AUSSI ÊTRE PERÇU COMME RÉEL

Tout comme certaines personnes peuvent ressentir le vertige ou la peur dans un environnement en réalité virtuelle, le harcèlement peut aussi être perçu comme réel, au moins le temps du test.

 

À la rédaction, on oscillait globalement entre gêne, malaise, et sentiment d’oppression. Un constat qui correspond plutôt bien à celui que Pauline Verduzier, une journaliste indépendante qui travaille sur le projet, a pu observer parmi les premiers testeurs. « Même s’il y avait une différence de réaction entre les femmes et les hommes souvent », détaille-t-elle.

 

Alors que les femmes avaient tendance à rire, «  sans doute par gène ou parce que ce sont des situations dont elles ont déjà l’habitude », les hommes, eux, avaient « beaucoup de réactions physiques (…) une sorte de crispation, de recul », explique-t-elle. « Peut-être parce qu’après, ils savent qu’ils ne pourront plus nier que cela existe. »

FAIRE TAIRE LE SCEPTICISME SUR LE HARCÈLEMENT SUBI PAR LES FEMMES

Que plus personne ne puisse nier que le harcèlement existe, c’est justement l’objectif de « La Traque ».  Né il y a environ un an, le projet s’inspire directement du hashtag #MeToo, où des centaines de femmes ont témoigné des violences sexistes et sexuelles qu’elles avaient subies. « On entendait parler de harcèlement sexuel mais il y a des personnes qui avaient encore du mal à mettre des images dessus, à imaginer ce que c’est », explique Pauline Verduzier, avant de poursuivre : «  À la base, les vidéos sont surtout destinées aux hommes, parce qu’on a tous dans notre entourage un mec qui nous a dit ‘ah mais vraiment, il t’a dit ça ?’ ou alors ‘est-ce que c’était aussi violent que tu le racontes‘ On voulait faire quelque chose contre cet espèce de scepticisme. »

 

« Mais en réalité, poursuit-elle, il y a plein de femmes à qui ça peut être utile. Y compris des femmes qui l’ont connu mais qui n’arrivent pas encore très bien à comprendre ce qu’elles ont vécu. »

 

DES EXPÉRIENCES INSPIRÉES D’HISTOIRES RÉELLES

Grâce à une campagne de financement lancée sur KissKissBankBank ce mardi 9 octobre, l’équipe compte développer d’autres récits. Ces derniers, nous explique Pauline Verduzier, parleront du harcèlement au travail, mais aussi de celui que les femmes subissent dans la rue, sur Internet, à l’université, ou dans des lieux comme les festivals, les bars ou les soirées chez des amis.

 

Tous seront inspirés de témoignages réels, et disponibles en Creative Commons. Ils sont destinés aussi bien aux particuliers qu’aux entreprises désireuses de proposer des formations aux violences sexistes, et aux associations.

D’AUTRES PROJETS, EN EUROPE ET AILLEURS DANS LE MONDE

Le projet, si il semble inédit en France, n’est pas sans rappeler de précédentes expérimentations. Celles de femmes qui se sont filmées en caméra cachées marchant dans de grandes villes pour rendre compte de leur quotidien, comme ici à New York :

Ou là à Bruxelles :

Mais aussi d’autres réalisations en réalité virtuelle. Le Guardian racontait par exemple en mai les dessous de « Vantage Point » (« point de vue » en français). Là aussi, c’est le harcèlement sexuel au travail qui était retranscrit au travers d’un Oculus Rift. L’expérience semblait un poil plus interactive, puisque la victime pouvait choisir quoi répondre à ses collègues, témoins inquiets des faits, via son téléphone. Dans le pilote de « La Traque », nous n’avons pas vraiment d’autre choix que de subir sous les yeux de congénères qui préfèrent fermer les yeux – ce qui finalement, correspond aussi à une réalité.

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