Vivez la schizophrénie en réalité virtuelle

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Vivez la schizophrénie en réalité virtuelle
28 Novembre, 2016

Journée mondiale de la santé mentale: J'ai testé ce que voit et ressent une personne schizophrène au quotidien - Un casque de réalité virtuelle reproduit l'expérience d'un schizophrène au quotidien
 
SCHIZOPHRÉNIE - "Tu es nul", "tu ne sais même pas faire ça", "tu as vu comment il te regarde?" Voici les phrases qu'entend la majeure partie des personnes atteintes de troubles schizophrènes au quotidien. Et nous avons pu vivre pendant quelques minutes grâce à un casque de réalité virtuelle développé par le laboratoire Janssen, à l'occasion de la journée mondiale de la santé mentale, ce lundi 10 octobre.
 
Plongés dans trois scènes du quotidien, bien anodines pour ceux qui ne souffrent pas de schizophrénie, nous sommes dans la peau d'un jeune homme et expérimentons chacun de ses tourments.
 
Regarder les informations télévisées
 
La première scène se déroule dans son salon. Assis sur le canapé, il ouvre un œil tandis que le film qu'il regardait se termine. Une voix intérieure lui dit qu'une fois de plus il n'a pas réussi à le visionner en entier. Il change de chaîne, tombe sur une variante de BFMTV, et le présentateur lui parle directement pour lui dire qu'il interrompt son programme.
 
Le jeune homme finit par éteindre le poste, et voit dans le reflet noir de l'écran deux personnes, lui et une ombre, assise à côté.

Prendre le bus
 
Dans la seconde scène, celle qui a le plus marqué Marie-Jeanne Richard, membre de l'Unafam, l'Union des familles et amis de personnes malades et/ou handicapés psychiques, on monte dans un bus, toujours dans la peau de ce jeune homme. Tous les regards se tournent vers lui, tandis qu'une petite voix intérieure le lui fait remarquer. "Pourquoi te regardent-ils?" Lui-même commence à se reprocher de s'être assis à côté d'une personne, qui le regarde intensément, comme s'il allait le violenter.
 
Il se vilipende en permanence, chacune des remarques entendues déprécient ses actions, ses décisions, ses prises d'autonomie. Il doit lutter contre pour avancer. Il est assailli de doutes, sur lui-même et sur les autres. A sa place, on ressent ce sentiment de persécution intense, qui le pilonne sans fin.

Rendre un DVD
 
Dans la troisième scène, le jeune homme est à la bibliothèque pour rendre un DVD emprunté. Dans la file d'attente, deux personnes lui font remarquer qu'il est trop lent. Le disent-elles dans la réalité, ou bien est-ce son interprétation? Ces remarques tournent en boucle en fond sonore.
 
La bibliothécaire lui parle, mais il a du mal à comprendre ce qu'elle demande tant les voix intérieures l'assaillent. Il a oublié sa carte et n'a pas d'argent sur lui pour payer ses indemnités de retard. Une voix lui répète qu'il est décidément bien incapable.

Ce casque de réalité virtuelle a été pensé pour améliorer le suivi des patients par leur psychiatre, et il a été créé par le laboratoire Janssen, qui travaille sur la schizophrénie depuis les années 1960, et le psychiatre David Travers du CHU de Rennes.
 
Selon ce dernier, les professionnels qui ont pu tester le casque semblent avoir "validé cette expérience". "Ils ont ressenti le poids des symptômes de leurs patients dans la vie courante. Et comprendre l'impact de ces interférences hallucinatoires visuelles et auditives."
 
Désorganisation
 
"Les hallucinations sont des symptômes secondaires de la maladie, et elles ne sont pas communes à tous les patients, même s'ils sont nombreux à en être atteints. Les plus envahissants sont les troubles cognitifs que l'on retrouve dans la scène de la bibliothèque. C'est ce que l'on appelle la fragmentation de la pensée et la désorganisation. Comme lorsque le jeune homme n'arrive pas à penser à trois choses en même temps (rendre le DVD, prendre sa carte et de l'argent)."
 
Pour concevoir cet univers de réalité augmentée, le Dr David Travers est parti des témoignages de ses patients, en mettant de côté le sensationnalisme des crises de schizophrénie que tout le monde connaît. "Elles ne font pas le quotidien de ces personnes et sont en réalité très rares. Et surtout, très peu de personnes atteintes de schizophrénie passent par ce type de crise."
 
Pas de crise cinématographique
 
"Les voix ne hurlent pas, insiste le médecin, comme peut se l'imaginer le grand public". Dé-sti-gma-ti-ser. C'est aussi la mission de ce casque. "Il présente la maladie autrement que par les crises aiguës que l'on a vues au cinéma et qui ont contribué à susciter peur et méfiance vis-à-vis des personnes atteintes de schizophrénie, là même où elles ont besoin d'attention et d'écoute", rappelle Marie-Jeanne Richard.
 
Cette réalité virtuelle nous fait entrer en empathie avec les malades, instantanément. "Pour une maladie qui ne suscite aucune bienveillance dans la société civile, c'est donc une expérience réussie", note Marie-Jeanne Richard.
 
La démonstration justement sera amenée à s'étendre à d'autres personnes, précise Sophie Bouju, directrice médicale à Janssen. "Nous réfléchissons à la meilleure manière de mettre ce casque à disposition du personnel soignant non médical ou des proches de patients."
 
Ces derniers ont, eux aussi, besoin de saisir la confusion et les affres dans lesquels leurs adolescents (et adultes) sont plongées pour y répondre le plus efficacement possible.

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