Soigner victimes et criminels par la VR

Category: 
Soigner victimes et criminels par la VR

Depuis trois ans, l’Arca (Association de recherche en criminologie appliquée) “ soigne ” auteurs de violences et victimes par la réalité virtuelle. Explications.

 

Rien de tel qu’une île déserte, faite de cocotiers, de sable chaud et d’une eau turquoise avec une belle maison pour se remettre en question. On dit souvent qu’un cadre paradisiaque peut nous faire oublier tous nos tracas. Certes, mais cela peut aussi nous permettre de prendre du recul sur ce que l’on a fait. On se dit alors qu’il est peut-être temps de muer et de profiter de sa vie.

 

Depuis le 8 janvier, c’est ce qu’essaie d’inculquer l’Arca (Association de recherche en criminologie appliquée), en proposant un programme de recherche-action qui doit aboutir fin 2019.

 

Mardi dernier, dans une salle de réunion de l’hôtel Ibis de la place de la Liberté, à Tours, ses dirigeants, Olivier Sorel et Erwan Dieu, formaient à la réalité virtuelle une dizaine de psychologues et de criminologues venus de France mais aussi d’Italie et de Belgique.

 

Dotés d’un masque et de deux manettes, ces derniers se retrouvent projetés au beau milieu de l’océan. La thérapie peut commencer. Le but, donc : faire en sorte que la personne traitée, qu’elle soit criminel, en voie de radicalisation ou victime d’un traumatisme quelconque, se remette en question. « Elle va avoir une projection d’elle-même sous forme d’avatar, explique un des formateurs. Elle va alors devoir se réapproprier ses investissements, construire ce à quoi ressemble sa vie aujourd’hui, du point de vue des émotions, des relations aux autres. » 

Les psychocriminologues italiennes ont été formées à la réalité virtuelle. Elles formeront à leur tour les professionnels des centres pénitentiers. © Photo NR

 

Bientôt testée sur les prisonniers de Fresnes

En toile de fond, des dialogues proposés par les psycho-criminologues permettent à la personne d’avoir un “ effet miroir ”. Elle va alors construire, au fur et à mesure de la discussion, une version passée de son avatar. « Moi, il y a quelques années, comment j’étais, qu’est-ce qui faisait sens ? Et, au contraire, qu’est-ce que j’envisage dans quelques années ? » Autrement dit, qu’est-ce qui a “ cloché ” ?

 

Cette thérapie par la réalité virtuelle a été développée par l’Arca il y a maintenant trois ans. Un masque et deux manettes pour savoir ce qui s’est passé dans notre tête. La méthode dénote. « Stigmatiser n’a jamais été une solutionEn travaillant avec la réalité virtuelle, on veut redonner un peu de contrôle à la personne. Qu’elle puisse s’impliquer, être en action. »

 

Cette mise en action mène alors à une prise de conscience. Pour une remise dans le droit chemin. « Certaines personnes, souvent coupables, ont tendance à fuir leurs responsabilités. Il faut apprendre à vivre avec, pour ensuite vivre sans. »
Expérimenté depuis un an et demi au centre de traumatologie de Cadillac, à Bordeaux, ce logiciel a donc été présenté aux psycho-criminologues belges et italiens afin qu’ils s’y familiarisent et forment à leur tour les professionnels qui exercent dans les centres pénitentiers. 

 

En France, ce programme de réalité virtuelle va être prochainement mis en place à la prison de Fresnes, dans la banlieue sud de Paris. Un des centres pénitentiers les plus importants de l’Hexagone. Un bon test pour avoir un premier aperçu de l’efficacité du procédé, avant un rendu national à Paris ou à Tours, suivi d’un rendu européen à la fin de l’année 2019.

A voir aussi

VRrOOm Wechat