Replika, l’application qui vous remplace à votre mort

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Replika, l’application qui vous remplace à votre mort
28 Juillet, 2017

Deux entrepreneurs Russes établis en Californie viennent de créer Replika, un moteur d’intelligence artificielle mimétique. Le principe en est très simple : prendre votre place quand vous serez mort, à peu de choses près. Bien entendu, à Funéraire Info, l’idée nous intrigue, mais une choses est sûre : ce n’est pas la première tentative du genre. On a exhumé son lointain ancêtre pour vous…

 

Replika, sa vie, son œuvre

L’idée de Replika est simple : c’est une application à base d’intelligence artificielle qui vous fait la conversation. Un ChatBot, comme on dit, ou, en langage moins geek et plus français : un robot de conversation, programmé pour être votre ami, et, c’est très important, pour apprendre à votre contact.

 

L’idée est simple : plus vous conversez avec le robot, plus il apprend à vous connaître, et donc, plus il saura orienter la conversation vers un sens qui vous plaît. Pour enfoncer le clou, l’application demande l’accès à tous vos comptes de réseaux sociaux et analyse vos posts en profondeur. D’accord, vous exclamerez-vous, c’est bluffant, impressionnant, mais en quoi est-ce que ce robot a sa place dans Funéraire Info ?

 

Et bien, tout simplement, lorsque vous serez mort, ce robot mettra en œuvre tout ce qu’il aura appris de vous, avec une mission simple et claire : prendre votre place auprès de vos amis. Ceux-ci n’auront qu’à télécharger l’application sur leur téléphone ou leur tablette, appeler votre profil, et ils auront l’impression d’échanger des messages chat avec vous.

 

L’application est conçue pour être une véritable éponge. Vos sujets de prédilection, mais aussi d’agacement, seront assimilés, tout comme vos tics de langage. Techniquement, si vous chargez mon profil, vous pourrez mettre en rogne mon double virtuel rien qu’en utilisant la conjonction de coordination « car », car vous aurez peut-être remarqué que je ne l’utilise jamais, car je trouve ça vraiment moche.

 

Elle a tout, en tout cas, pour enterrer les cimetières virtuels

 

Génération startup

Les deux jeunes Russes ont rapidement trouvé des investisseurs intéressés par le potentiel de l’application. Potentiel à double tranchant, vous vous en doutez bien : une si intime connaissance de votre personne ressemble fort à une vraie corne d’abondance pour tous les commerciaux désireux de vous vendre quelque chose.

 

Ce sont aujourd’hui 20 développeurs qui travaillent sur le logiciel à temps plein. Celui-ci est d’ailleurs téléchargeable, sur Apple IOS ou sur Android, et, comme nous vous l’avons expliqué, est très, très intrusif.

 

L’interface ressemble à un échange de SMS, pour le côté pratique. Au tout début, vous devrez lui donner un nom, le vôtre, ou un pseudonyme. Ensuite, vous subirez, les premiers temps, un feu roulant de questions pour apprendre à vous connaître. Lampe braquée sur le visage, radiateur, menottes et annuaire des Yvelines en option, sans doute.

 

Mais à quoi je sers ?

Vous serez, dès lors, en droit de vous demander « Mais à quoi je sers ? » et ce cri de désespoir existentiel ne sera pas si immotivé que cela. En effet, votre vous virtuel mort sera beaucoup, beaucoup plus facile à vivre que le vous réel, vous, quoi, suivez un peu.

 

Déjà, quand votre vous virtuel sortira avec des amis, ça fera un verre de moins à payer sur la tournée générale. Il est en effet très déconseillé de plonger un smartphone dans un verre, ou de le nourrir avec une purée-saucisses.

 

Ensuite, et c’est là que c’est le plus grave, votre vieil ami/ennemi, celui d’avec lequel vous êtes inséparables, mais avec qui vous n’êtes jamais d’accord sur rien, aura toujours le dernier mot lors de vos débats enflammés, puisqu’il suffira d’un geste dédaigneux de l’index sur son écran pour vous fermer le clapet. Déloyal, mais efficace.

 

Et, plus sérieusement : comment voulez-vous faire correctement le deuil de quelqu’un quand il vous suffira de sortir le téléphone de votre poche pour avoir l’impression de parler avec lui ? Surtout qu’à l’origine de l’idée de Replika, il y a un deuil : le meilleur ami de sa créatrice est mort percuté par une voiture à Moscou. Incapable de se passer de lui, elle a commencé à développer un algorithme en s’appuyant sur les milliers de textos qu’ils avaient échangés, leurs conversations sur Facebook, etc. Jusqu’à parvenir à une simulation « plausible » de cet ami décédé, une impression de sa présence immortelle à ses côtés.

 

Juste une impression, d’ailleurs. Et l’on peut s’interroger sur la part « réelle » de la personnalité du défunt qui subsistera dans ce paquet de bits. Vous avez quatre heures.

 

Je vous présente Racter

Replika n’est pas le premier logiciel capable de faire la conversation, en réalité. Le premier programme « conversationnel » s’appelait Racter. Les origines de ce programme sont à chercher du côté d’un programmeur, William Chamberlain, qui avait créé un logiciel capable d’écrire un livre. L’ouvrage, premier du genre, s’appelait « The policeman’s beard is half constructed », approximativement « La barbe du policier est à moitié construite », et avait fait grand bruit.

 

Un éditeur de logiciel, Mindscape, avait saisi tout le potentiel du programme, et en avait édité une version plus « aboutie », capable de converser avec son utilisateur, baptisée « Racter », une abréviation de « character », personnage en anglais.

 

Le tout… en 1986, sur un Amiga 500. Le logiciel était capable d’apprendre des mots, de poser des questions, et de restituer le tout sous la forme d’une conversation, disons, souvent surréaliste. Le logiciel n’allait pas pomper vos informations sur les réseaux sociaux, à l’époque, pour la simple et bonne raison que tous les créateurs desdits réseaux sociaux étaient occupés à autre chose, comme apprendre à marcher ou à manger proprement.

 

La prochaine étape est peut-être de vous remplacer par une version virtuelle et améliorée de vous-même. Sans vouloir vous effrayer, quelqu’un, quelque part, est certainement déjà en train d’y travailler.

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