Réalité Virtuelle, où es-tu ?

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Réalité Virtuelle, où es-tu ?
21 Mai, 2017

Les liquides phosphorescents ont la particularité de briller dans l’obscurité. Sous la tente du CNC, il était midi mais cela flamboyait des quintaux de lux tant les participants à la conférence sur la réalité virtuelle ont phosphoré. La réalité virtuelle, qu’on peut appeler RV mais que tout le monde appelle VR pour «virtual reality», est l’intarissable filon de la modernité cinématographique. Un continent déblayé d’année en année à coups de projections spéciales et de stands de démonstration. L’intérêt de cette table ronde, mis à part expliquer que la VR était l’avenir et que le CNC aidait à son développement (3 millions d’euros depuis 2014), résidait surtout dans la mise à plat des techniques de narration : comment raconter une histoire en VR ?

Une fois son casque enfilé, le spectateur évolue dans un monde où tous les possibles doivent être envisagés. «Il peut regarder sous la table», résume le réalisateur Jan Kounen. Le modérateur du débat, Nicolas Peufaillit, par ailleurs scénariste, explique que cette donnée, précisément, le bloque : «En VR, il faut désapprendre les codes du cinéma pour penser son histoire ou sa scène. C’est troublant, on réfléchit d’abord en termes de scénographie géante où surviennent des événements.» Les champs de compétences sont plus partagés, renchérit Kounen, car si le spectateur est théoriquement libre de faire ce qu’il veut, cela reste une donnée prise en charge par la mise en scène : «Quand vous regardez un film, vous pouvez regarder partout dans l’image. Mais le metteur en scène vous oriente pour que votre attention soit portée où il le veut. Il faut aussi, dans un monde en VR, trouver les moyens de canaliser l’attention du spectateur.» On est partagé entre «à quoi ça sert d’ouvrir un monde si c’est pour contraindre ses résidents ?» et «les gars du son vont avoir du boulot».

Un chanteur qui a pas mal bossé, c’est Bobby Halvorson. Dans un court métrage VR réalisé par l’Américain Zach Richter, Hallelujah, il interprète la chanson de Leonard Cohen à cinq voix. Quand le film débute, il se tient face à nous, sur fond noir, puis apparaissent en cercle autour de nous quatre sosies du chanteur, qui s’insèrent dans la chanson chacun sur un registre et la reprennent sous forme de hoquet (la ligne mélodique est distribuée entre toutes les voix). Si nous nous tournons, le mix suit : si par exemple nous nous mettons face au Bobby Halvorson à voix grave, cette voix-là passera au-dessus des quatre autres. Pour le dernier couplet, l’arrière-plan apparaît : nous sommes dans l’église Saint-Ignace à San Francisco, vide, et derrière le chanteur se tient un chœur. C’est ce qu’on appelle un «effet whaou», comme ils l’ont maintes fois répété durant la table ronde du CNC, un effet de sidération qui correspond, selon la terminologie de Kounen, à «l’explosion du quatrième mur ou de l’écran» : nous entrons dans le film.

Cet Hallelujah, montré au Marché du film avec une vingtaine d’œuvres en VR, occupe une place à part puisqu’il n’est ni un doc ni un film (comme par exemple en France le sont 75 % des projets touchant à la VR), mais correspond à une expérience musicale, qui pourrait préfigurer l’avenir des clips. Mardi, nous rentrerons dans le vif de la fiction VR avec Carne y Arena («chair et sable»), d’Alejandro González Iñárritu.

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