L'homme qui a mis Pokémon sur la carte

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L'homme qui a mis Pokémon sur la carte
27 Décembre, 2018
©BELGAIMAGE

 

Niantic, l’entreprise qu’a fondée John Hanke en 2010 et qu’il dirige encore aujourd’hui, vient de lever 200 millions de dollars, portant sa valorisation à 3,9 milliards. Son succès? D’être parvenu à marier cartographie et jeux vidéo, union à l’origine du phénomène mondial Pokémon Go.

 

John Hanke, un nom qui ne vous dira a priori pas grand-chose. Pourtant, cet Américain âgé d’une cinquantaine d’années n’est autre que l’homme à l’origine du phénomène mondial Pokémon Go. Un succès qui lui aura pris en tout et pour tout 20 ans, confiait-il encore récemment lors d’un speech.

 

Et pour cause, la route était loin d’être tracée en direction de la création de ce jeu vidéo mobile d’un genre nouveau, ayant généré jusqu’à une dizaine de millions de dollars de revenus quotidiens à son apogée et quelque 800 millions de téléchargements à ce jour.

 

Guerre d’Irak, ce coup de pouce

Pourtant, après coup, de nombreux indices dans la vie de l’intéressé laissaient présager d’un tel parcours… Après un MBA au cours duquel il accompagne la naissance de l’un des premiers jeux de rôle en ligne massivement multijoueur (dit "MMORP", dans le jargon), Meridian 59, revendu le jour-même de l’obtention de son diplôme, puis une courte réitération avec une autre start-up cédée rapidement pour 17,1 millions de dollars, l’ambitieux entrepreneur qu’il est déjà décide de s’attaquer à un tout autre défi: la cartographie.

 

Il cofonde alors Keyhole en 2001. L’idée? De proposer la première carte aérienne 3D au monde, liée aux coordonnées GPS. On est en 2001. Le projet est soutenu à l’époque par Sony. Mais si l’outil se révèle profondément novateur, le déclic tient plutôt d’un coup de pouce médiatique opportun. En effet, quelques mois seulement après sa création, survient la guerre d’Irak pour laquelle la chaîne d’information américaine CNN recourt aux cartes interactives de Keyhole pour représenter visuellement le front et les positions des combats. Il n’en fallait pas plus. La technologie gagne en attention et va jusqu’à être soutenue par In-Q-Tel, fonds américain de capital-investissement à but non lucratif créé et géré par la CIA… jusqu’en 2004, moment où Google himself vient frapper à la porte avec une offre de rachat de "quelques dizaines de millions", glisse aujourd’hui l’intéressé.

 

Aux manettes de Google Maps

Une sacrée récompense pour le passionné de cartographie que l’homme d’affaires est depuis tout petit. Il accepte donc la proposition et rejoint le géant américain où il se voit confier la tête de l’important département en devenir qu’est la division "géo". Logiquement, les avancées de Keyhole sont peu à peu intégrées aux jeunes applications que sont alors Google Earth et Google Maps.

 

Une belle réussite, mais qui ne rassasie pas cet affamé. C’est pourquoi, en parallèle de son activité principale, le Texan ayant appris à coder en solo monte une petite équipe pour travailler sur un projet de jeu vidéo original: Ingress – basé lui-même sur une première expérience numérique historico-ludique qui renseignait des faits historiques pertinents lors de ballades via la géolocalisation du smartphone. Le concept? Allier jeu vidéo… et cartographie – la boucle est bouclée pour l’intéressé. Grâce à la réalité augmentée (AR), un déplacement réel se reflète en jeu sur une carte virtuelle, avec son lot de conséquences et d’interactions rendues possibles. Une nouveauté de taille qui fait mouche, attirant un million de joueurs en à peine un an… mais qui se voit cantonnée à un public de connaisseurs.

 

Pokémon Go? Un poisson d’avril

Opportunité de l’histoire, après le changement de nom de Google en Alphabet en 2015, Niantic est alors détachée du groupe et peut enfin voler de ses propres ailes. Une aubaine. John Hanke en profite pour plancher sur une version revue de son jeu, voulu plus grand public cette fois.

 

Après une blague lancée un 1er avril sur un remake du hit Pokémon appliqué à Google Maps, l’hypothèse est finalement rendue sérieuse suite à un retour déterminant du CEO de l’entreprise nipponne à la tête du titre concerné. Un test est effectué et l’engouement de la communauté est palpable. La jeune pousse décide alors de foncer et lève, fin 2015, 30 millions auprès de Nintendo, Pokémon et Google. L’aventure démarre. Et le succès qu’on lui connaît aussi… Aujourd’hui, Niantic est valorisée à quelque 3,9 milliards de dollars, soit le poids de bpost, Orange Belgium et Ontex réunis.

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