L’Europe et la 5G

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L’Europe et la 5G
21 Décembre, 2017

Il y a quelques mois, la Commission européenne annonçait comment allait être réparti le gâteau de 30 milliards d’euros – la valeur de son programme d’investissement Horizon 2020 pour la science et l’innovation. Pas moins de 20 % iront au numérique. Et le développement de la 5G, la compilation des nouvelles normes de télécommunication qui succéderont à la 4G, en fait partie.

 

C’est loin d’être un luxe superflu : en 2018, cette technologie se doit de figurer en tête de l’ordre du jour. En dépit de tous les fonds et programmes d’investissement, l’Europe devra miser sur l’unité, au sein même de l’Europe mais aussi en dehors.

 

La question qui se pose à présent est de savoir dans quel délai la technologie sera opérationnelle. La 5G arrive, c’est incontestable. La société intensément numérisée et connectée du futur (très proche) a besoin de cet ensemble de technologies, regroupé par facilité sous le dénominateur 5G.

La 5G présente trois avantages majeurs : une bande passante plus élevée, pas de retard ou de latence et la connectivité de masse. La bande passante accrue ouvre la voie à une adoption massive de la VR (réalité virtuelle) et de l’AR (réalité augmentée), tant pour les particuliers que pour les applications industrielles.

 

Cette bande passante relativement importante était toutefois déjà le cheval de bataille de la 4G. La véritable plus-value se cache dans la rapidité du transfert de données, qui se déroule sans latence ou retard. Prenez les voitures autonomes : les chances de réussite de cette technologie dépendent de la vitesse à laquelle toutes sortes de capteurs peuvent faire passer l’information.

Dernier pilier, la connectivité de masse. Les réseaux existants ne sont absolument pas préparés à cela. Il est pourtant essentiel que les appareils puissent se " parler " : une fois lancés sur autoroute à 120 km/h, les véhicules autonomes devront également pouvoir réagir en temps opportun pour éviter des accidents.

 

5G : aller courageusement là où personne n’était allé avant

Même si le nom suggère le contraire, la 5G est une rupture avec le passé et les anciennes " G ". Tout doit être repensé, tant sur le plan de l’infrastructure réseau que des appareils. Le but ultime : réaliser les trois développements susmentionnés. Nous pouvions élargir et améliorer la capacité du réseau 4G via toutes sortes de manipulations, mais nous sommes aujourd’hui parvenus aux limites du possible. Si nous voulons – et c’est le but de la 5G – augmenter de façon exponentielle la vitesse du transfert de données, nous n’y parviendrons pas en adaptant la technologie existante.

 

Faire ce en quoi nous excellons

Vous me voyez déjà venir : des investissements s’imposent. Mais cela ne s’arrête pas là. Comme d’habitude, des pays comme la Chine, la Corée du Sud et les Etats-Unis ont une longueur d’avance. L’Europe a beau crier haut et fort qu’elle veut être un pionnier dans le domaine de la 5G, avant même que cette ambition soit bel et bien exprimée, le record de vitesse du transfert de données 5G vers une voiture autonome aura été pulvérisé en Corée du Sud.

 

Mais que pouvons-nous faire alors pour que le développement de la 5G se passe bien en Europe et en Belgique, sans que nous soyons à la traîne ? La réponse se cache dans ce que l’Europe a su bien faire : unir les forces et gommer les frontières (dans ce cas-ci entre tous ceux qui aident à développer la 5G).

 

L’innovation ouverte est indispensable. Si des initiatives comme l’IoT, pour ne donner qu’un exemple, se développent si vite, c’est parce que beaucoup d’acteurs mettent au moins une partie de leurs technologies à disposition via l’open source. Entreprises non-européennes et concurrents du même secteur : pensez au fait que vous visez un objectif commun et voyez où vous pouvez agir de concert. La " coopétition ", dans laquelle votre principal concurrent peut aussi être votre principal allié, deviendra la norme. Les universités, startups, administrations, etc. ont également toutes un rôle à jouer.

 

Démarches prometteuses vers un écosystème plus large

Déjà un pas dans la bonne direction : le ministre De Croo ouvre les bandes de fréquence pour la 5G afin de permettre des tests, mais pose une condition : les opérateurs et autres acteurs doivent collaborer avec nos universités et startups. De même, la condition posée lors de la vente aux enchères des fréquences dans les bandes passantes 5G – c’est-à-dire œuvrer à une connectivité digne de ce nom dans les trains, un grief de longue date de nombreux navetteurs – montre que nous reconnaissons bel et bien l’intérêt social de la 5G.

 

Soit dit en passant, cela révèle aussi que la décision de ne pas installer de wifi dans les trains – pourvu d’une innovation rapide vers la 5G – est une tempête dans un verre d’eau. Ce ne sont là que deux exemples qui témoignent de la prise de conscience de plus en plus forte de la nécessité d’évoluer vers un écosystème ouvert, dans lequel tout le monde peut contribuer au développement de la 5G, et dans lequel l’innovation et l’expérimentation peuvent s’épanouir. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons veiller à ce que la réalité ne nous dépasse pas comme un train à grande vitesse. Et à ce qu’une fois montés dans le train, celui-ci ait une connexion mobile de qualité.

 

Par Loris Beerten
Head of Technical Product Management - Samsung Benelux

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