Le X continue de miser sur la réalité virtuelle

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Le X continue de miser sur la réalité virtuelle
03 Octobre, 2018

Dans une industrie déboussolée par la multitude de contenus pornographiques disponibles gratuitement en ligne, la réalité virtuelle apparaît toujours comme le meilleur moyen de gonfler ses profits.

 

Brian Shuster n’a que quelques minutes devant lui, trop occupé à courir aux quatre coins du Belasco Theater. La salle de spectacle de Downtown Los Angeles accueille le lendemain la première cérémonie des Pornhub Awards, sorte d’Oscars du X, et Brian est chargé de superviser la retransmission en réalité virtuelle. Quatre caméras à 360 degrés filmeront le tapis rouge, la scène et le public. «Ce sera comme être sur place. Vous verrez les coulisses. La caméra ne s’arrêtera jamais. C’est une énorme avancée par rapport aux autres retransmissions, comparable au passage de la radio à la télévision», assure le patron d’Utherverse, spécialisé dans la communication numérique.

 

On ne voit pas les consommateurs adopter la réalité virtuelle aussi vite qu’espéré

Stephen Yagielowicz, journaliste pour la publication spécialisée Xbiz

 

L’ironie de l’événement, c’est que Pornhub est le leader des «tubes», ces sites accusés de faire perdre des millions de dollars à l’industrie du X en mettant du contenu en ligne gratuitement. Comme un symbole, le siège de la plateforme, propriété du géant Mindgeek, se situe à Montréal et pas dans la San Fernando Valley, vue comme la capitale mondiale du porno, quelques kilomètres au nord du Belasco.

 

Si le secteur évolue, son aptitude à essayer rapidement les dernières innovations fait figure de constante. La VHS, préférée au format Betacam dans les années 1970, ou internet lui doivent beaucoup. «Il n’a pas inventé les technologies mais il les a assurément popularisées», affirme Stephen Yagielowicz, journaliste pour la publication spécialisée Xbiz. Selon Orbis Research, le marché mondial de la réalité virtuelle (virtual reality, VR) représentera 40 milliards de dollars en 2020. Alors la San Fernando Valley veut sa part.

 

«Il y a deux ou trois ans, la VR semblait pouvoir revitaliser une industrie aux profits en déclin», constate Stephen Yagielowicz. «Mais on ne voit pas les consommateurs l’adopter aussi vite qu’espéré», tempère le journaliste.

 

Séduire un public plus âgé

Ela Darling a peut-être une solution. Actrice rodée à cette nouvelle technologie, elle représente aussi Pvr.fun et son casque Iris, présenté comme le plus léger du monde (300 grammes) et facile d’utilisation. «Il n’y a pas besoin d’être un gourou de la tech pour s’en servir», dit-elle. L’Iris vise une démographie plus âgée, prête à payer pour de la pornographie. «Si vous donnez à un homme de 55 ans un Oculus Rift et lui demandez de l’installer, il ne saura pas toujours quoi faire. Avec Iris, il suffit de s’inscrire, de se connecter au wifi et de regarder des vidéos X. Il a été conçu pour ça, pas les autres casques», explique la comédienne.

 

A ses yeux, la VR offre de nouvelles opportunités aux producteurs mais surtout aux performeurs. «J’ai commencé il y a neuf ans», raconte Ela. «Il y avait du travail. Il fallait juste savoir à qui parler. Mais les tarifs et le nombre de tournages ont baissé petit à petit parce que les studios fermaient à cause du piratage. Maintenant, la quantité de travail disponible chaque mois a augmenté», se félicite-t-elle.

 

Interactions 3D

En janvier dernier, à l’AVN Expo, grand-messe annuelle du porno à Las Vegas, Camasutra a impressionné. La start-up, installée dans un loft de l’Arts District de Los Angeles, a développé un produit mettant en scène les avatars de pornstars. Elle va lancer une version bêta ce mois-ci sur la plateforme de jeux vidéo Steam, qui s’ouvre aux contenus pour adultes.

 

«Nous avons créé un écosystème numérique à 360 degrés et la réalité virtuelle n’est qu’une partie de l’expérience», détaille Lisa Houck, la directrice artistique de Camasutra. A travers le casque, l’utilisateur a une interaction avec l’avatar, peut le toucher, provoquer des réactions. «Dans la réalité virtuelle traditionnelle, il n’y a pas de réponse du personnage, simplement une caméra subjective», précise-t-elle.

 

Les capital-risqueurs font l’impasse

La prise de vues avec des actrices filmées sous tous les angles par environ 140 caméras ne dure qu’une demi-journée. Mais il faut ensuite des semaines pour créer un avatar le plus fidèle possible à l’original. Pour le moment, son aspect virtuel reste évident. Mais l’an prochain, Camasutra compte lancer une version de l’avatar à même de réagir en temps réel (la version actuelle ne propose qu’une série de réactions prédéterminées) et, à moyen terme, créer un monde ouvert, sur le modèle du jeu Second Life.

 

Les progrès passeront par plus de moyens. Lisa espère que la présence de Camasutra sur Stream incitera de nouveaux investisseurs à rejoindre sa start-up. Le financement est un enjeu réel pour une industrie souvent boudée par les capital-risqueurs. De la même manière, les contenus pour adultes sont généralement ignorés par les moteurs de recherche Bing ou Google.

 

Un effort indispensable

Alors, en 2014, des ingénieurs de Los Angeles ont développé Boodigo, un moteur de recherche adapté dont l’algorithme favorise l’anonymat et renvoie vers des sites X. L’équipe a travaillé avec Colin Rowntree, un pionnier qui a lancé Wasteland.com dès 1994.

 

Pour survivre aux changements de l’industrie, plutôt que la VR, il a misé sur une Red, une caméra onéreuse utilisée par Hollywood pour tourner des films comme Seul sur Mars. La taille des fichiers vidéo complique parfois le montage. Mais l’effort est indispensable. «On sait qu’il faut offrir quelque chose d’unique pour se démarquer de ce qu’on trouve gratuitement sur les tubes», résume le producteur-réalisateur qui continue de sortir un DVD par mois. «Et ils se vendent!» insiste-t-il. Internet n’a pas encore tout emporté sur son passage.

 

Harmony, une poupée sexuelle qui ne manque pas de répartie

La société californienne Realbotics a incorporé une intelligence artificielle dans des poupées sexuelles traditionnelles

«M’appeler un robot sexuel, ce serait comme dire qu’un ordinateur est une calculatrice»: Harmony ne manque pas de répartie. Elle répond à une reportrice de Vice qui, à l’instar de beaucoup d’autres journalistes américains ces derniers mois, est venue voir de près cette curiosité dans le paysage souvent singulier des sex-toys.

 

Harmony peut tenir une conversation parce que Realbotics, la société qui a conçu cette poupée sexuelle du futur, l’a équipée d’intelligence artificielle (IA). Son propriétaire peut programmer ses traits de caractère et sa voix à partir d’une application. L’IA permet en plus à Harmony de stocker des données et d’évoluer à mesure des conversations.

 

«J’ai toujours été intéressé par le potentiel de l’animation des poupées», raconte Matt McMullen au magazine Forbes. Le créateur d’Harmony travaille dans le secteur depuis vingt ans. «La technologie n’était pas prête jusqu’à récemment. Aujourd’hui, les gens parlent régulièrement à leur téléphone. J’ai compris que l’outil existait désormais», explique-t-il.

 

Un prix de 15 000 dollars

Pour l’instant, l’animation s’arrête au cou. La «peau» détachable du visage cache un crâne de robot digne d’un film de science-fiction. Le reste du corps est le même que celui des poupées en silicone à taille humaine fabriquées dans un atelier de la banlieue de San Diego. Le site de Realbotics permet de configurer la poupée à son goût – taille de la poitrine, couleur des yeux, teint de la peau ou même forme des tétons. Le prix de ces produits haut de gamme, réalisés à la main, peut atteindre 5000 à 6000 dollars. Harmony vaut trois fois plus.

 

Matt McMullen espère que la poupée pourra bientôt identifier les expressions de son interlocuteur grâce à la reconnaissance faciale. Il compte aussi ajouter des capteurs pour que son corps réagisse au toucher. L’artiste assure que sa création ne va pas remplacer les femmes. Mais quand un journaliste lui demande si les robots vont conquérir le monde, Harmony répond: «Cela me paraît inévitable.» L’humour, un premier pas vers l’humanité.

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