Lancement d’un pensionnat autochtone en VR

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Lancement d’un pensionnat autochtone en VR
11 Septembre, 2018
Pour Carrie Seymour, 78 ans, qui a été internée au pensionnat autochtone peu connu d'Assiniboia, ce projet a été l’une des premières occasions de raconter son histoire. Elle croit que le pensionnat autochtone en réalité virtuelle aidera les jeunes autochtones qui souffrent de traumatismes intergénérationnels à comprendre ce qu'ont souffert leurs aînés. Photo : Radio-Canada

 

Des chercheurs de l'Université du Manitoba se sont alliés avec des survivants des pensionnats autochtones du Canada afin de créer un pensionnat en réalité virtuelle. Le monde virtuel a été dévoilé aux survivants et à leurs familles lors d'une cérémonie le 10 septembre à Winnipeg.

 

Un texte de Gavin Boutroy

 

« Beaucoup de personnes affirment connaître l’histoire des pensionnats autochtones s’ils en entendent parler. Mais s’ils l’éprouvent vraiment, où ça s’est passé, ce qu’il s’y est déroulé, ils ont plus tendance à penser que c’est vrai », déclare Theodore Fontaine, membre de la Première Nation de Sagkeeng, et survivant d’un de ces pensionnats.

 

M. Fontaine est le président du conseil des survivants qui chapeaute le projet « Incarner l’empathie ». Ce monde de réalité virtuelle permet à l’utilisateur de s'immerger dans un fac-similé du pensionnat autochtone de Fort Alexander, où Theodore Fontaine a passé 12 années de sa vie.

 

Il permet aux usagers de découvrir le trajet jusqu’au pensionnat, à pied, dans un véhicule ou en bateau. Ils peuvent ensuite naviguer les pièces du bâtiment. Tout au long de la visite, des témoignages audio des survivants jouent en arrière-plan, la voix de Theodore Fontaine fait partie de la narration.

Pour M. Fontaine, la vocation la plus importante du projet est de concrétiser les pensionnats autochtones pour ceux qui ne les ont pas vécus.

 

« Une fois, je donnais une conférence à des écoliers, et l’un d'eux m’a demandé ''Est-ce que tu dormais vraiment là?'' J’ai répété que j’y avais passé 10 mois enfermés. C’est vraiment difficile de faire comprendre que cela s’est vraiment passé », note-t-il.

 

La réalité virtuelle pour provoquer de l’empathie?

Le projet Incarner l’empathie a aussi un but universitaire. Des chercheurs de l’Université du Manitoba vont l’utiliser pour une étude de psychologie sociale auprès de 800 étudiants. Ils veulent examiner l’effet de la réalité virtuelle sur l’empathie que ressentent les participants envers les survivants.

 

« On veut savoir si ça peut rendre encore plus puissants les témoignages des survivants. On veut voir si leur compréhension de la souffrance, des épreuves, de la destruction [qu’ont subi les internés] est approfondie », indique le professeur de sociologie de l’Université du Manitoba, Andrew Woolford. C’est l’un des directeurs du projet.

 

« Beaucoup de musées et d’autres agences commémoratives investissent beaucoup d’argent dans cette technologie, c’est un peu l’avant-garde de la représentation des atrocités. Mais il n’y a pas beaucoup d’études, on ne sait pas vraiment si ça marche ou pas », poursuit-il.

 

Les premières tentatives de création de mondes numériques interactifs, que ce soit en deux dimensions ou en réalité virtuelle s’apparentait trop aux jeux vidéo, indique le professeur. Ainsi, l’équipe qui a créé le pensionnat autochtone virtuel a supprimé tout élément qui se rapprochait du « jeu ».

 

Un outil pour survivants et familles

« Lorsqu’on a commencé le projet, on visait les Canadiens non autochtones », affirme M. Woolford, « Mais rapidement, le conseil des survivants nous a fait savoir que c’était aussi un outil de guérison pour eux et leur famille ».

 

Pour Carrie Seymour qui a été internée au pensionnat autochtone peu connu d'Assiniboia, niché dans un quartier riche de Winnipeg, ce projet a été l’une des premières occasions de raconter son histoire. Et elle est catégorique : elle s’adresse surtout aux jeunes autochtones qui souffrent de traumatismes intergénérationnels.

 

« Je voulais mettre tout cela derrière moi, c’était ma façon de m’en remettre [...] Et puis Ted [Theodore Fontaine] m’a approchée [...] C’est destiné aux jeunes autochtones, pour qu’ils sachent ce que leurs aînés ont subi. Parce qu’on n’a pas partagé ce qui nous est arrivé, on n’en parle pas », lance-t-elle.

 

En s’immergeant pour la première fois dans le pensionnat autochtone virtuel, des larmes coulaient du casque en silicone qu’elle avait enfilé. Elle a trouvé cette réalité virtuelle très proche de l’horreur des pensionnats autochtones qu’elle a elle-même vécue.

 

« [Pour nous, les survivants] ça nous force à affronter notre passé, ce qui s’est passé dans le dortoir par exemple, des images reviennent et il faut les affronter », affirme Theodore Fontaine, en posant sa main sur l’épaule de Carrie Seymour pour la réconforter.

 

« C’est un outil pour nous aider à guérir », conclut-il.

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