La VR prépare les secouristes aux attentats

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La VR prépare les secouristes aux attentats
06 Octobre, 2016
Des chercheurs mettent au point un logiciel de simulation de sauvetage au combat. Outre l’armée, les pompiers comptent aussi l’utiliser pour se former.

Nous sommes dans un poste médical avancé, une sorte de tente de secours de couleur kaki, peut-être dans les Ifoghas au Mali, ou à Paris après un attentat. Sur la table d’opération, la poitrine du patient se gonfle et se dégonfle sous une couverture bleue. C’est bon signe. Le contraire eut été inquiétant. Romain Lelong, directeur général de Reviatech, explique :
 

«  Nous n’avions pas prévu ce détail au début, alors quand un médecin a essayé Victeams pour la première fois, il nous a dit  : “Mais il ne respire pas”. »

Sa société a le rôle d’intégrateur d’un logiciel de simulation médical  : Victeams. Il s’utilise avec un casque de réalité virtuelle. Objectif  : former les «  leaders  » des équipes de secouristes.
 
Com’, gestion de stress, leadership
 
Un leader est le médecin qui va gérer les membres de l’équipe dans un poste médical avancé, assigner des tâches, ou les pratiquer lui-même, comme poser un garrot ou administrer une certaine dose de médicament.
 
Le logiciel doit simuler un afflux massif de blessés, une dizaine ou une vingtaine de personnes, voire plus. Et plonger le leader dans une situation de stress – très probablement des cris, des sirènes de pompier, des bruits de moteur...
 
Chaque personnage aura son propre caractère, comme le précise Domitile Lourdeaux, responsable du projet et chercheuse au laboratoire Heudiasyc de l’UTC (Université de technologie de Compiègne) :
 

« Certains membres de l’équipe seront programmés pour paniquer ou ne pas savoir comment réagir. L’apprenant doit alors comprendre que le personnage n’est pas en mesure de gérer la situation. »

Il s’agit donc d’entraîner les leaders sur des compétences non techniques, pour lesquelles il n’y a pas de cours  : communication, gestion du stress, leadership.
 
L’idée a germé dès 2013
 
Pour le moment, l’équipe de Reviatech a juste posé le décor et créé quelques personnages, mais l’immersion offre déjà un aspect assez intimidant.
 
Ce projet au budget de près de trois millions d’euros est financé par des fonds publics (ANR, Région Picardie, Feder, DGA) et des fonds privés. Un prototype est attendu à partir de 2019. Mais l’idée de Victeams a germé dès l’automne 2013.

À l’origine, les chercheurs avaient prévu plusieurs scénarios comme le sauvetage au combat, avec l’aide des médecins militaires du Val-de-Grâce, ou après une catastrophe, avec celle de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris. Domitile Lourdeaux raconte :
 

«  On avait aussi imaginé la prise en charge des blessés suite à des attentats terroristes. On voulait faire deux scénarios  : un pour les militaires en opération extérieure et un pour les pompiers. C’était beaucoup trop de travail, alors on a finalement choisi un cas d’application de sauvetage au combat impliquant la gestion de blessures par balles.
Les attentats de Paris nous ont malheureusement fait prendre conscience que les scénarios [des pompiers] et [des médecins militaires] étaient finalement très proches. Quand je dis nous, c’est plus les non-militaires et les non-pompiers, car eux avaient conscience que cela pouvait arriver et qu’il fallait s’y préparer.  »

« Sauver l’insauvable »
 
L’enjeu de Victeams est donc de confronter le leader à des situations de stress avec une équipe et des patients pas toujours faciles à gérer. Mais surtout à des dilemmes.
 
Toutes les personnes ne pourront pas être secourues, comme l’indique Stéphane Dubourdieu, médecin responsable de la formation des équipes médicales des sapeurs pompiers de Paris  :
 

«  Au quotidien, on va tout faire pour sauver une personne qui fait un arrêt cardiaque. Mais dans le cas d’un afflux massif de blessés, son pronostic est très sombre et on ne va pas pouvoir mobiliser trois ou quatre secouristes pour elle.
Le but [du leader], c’est de sauver un maximum de personnes. Mais il faut savoir faire un choix et ne pas passer du temps à essayer de sauver l’insauvable, comme des personnes trop gravement atteintes.  »

« On a affiné les scénarios »
 
Le soir du 13 novembre, Stéphane Dubourdieu était au Bataclan. Il s’est retrouvé dans cette situation  :
 

«  Quand on est arrivé sur place, certaines victimes étaient tellement blessées qu’on ne pouvait malheureusement rien faire pour elles. »

Depuis plusieurs années, les pompiers se préparaient à ce genre de situation avec des simulations grandeur nature.
 

«  On a affiné les scénarios, notamment après les attentats de Londres et de Madrid en prenant en compte la dimension multisites. Et, depuis les attentats de 2015, on a augmenté le nombre de scénarios d’explosions ou d’armes à feu.  » 

Prendre des décisions plus rapidement
 
Les pompiers de Paris utilisent déjà le logiciel de simulation XVR pour le tri des blessés, mais sans casque de réalité virtuelle. L’enjeu de Victeams est ainsi de permettre aux secouristes de savoir prendre des décisions plus rapidement, en immersion, pour pratiquer des soins et plus seulement pour trier les patients.

Des gestes qu’ils ne seront amenés à pratiquer peut-être qu’une fois ou deux dans leur carrière, « comme lorsqu’on ne peut pas intuber un patient et qu’il faut pratiquer une mini-trachéotomie ».
 
L’acte médical en lui même ne sera pas effectué sur Victeams par l’élève, avec ses mains et ses doigts, mais il pourra le sélectionner. Pour la pratique en soi, les exercices sur mannequin restent plus utiles.
 
Moins cher que de détruire un bus
 
Le logiciel offrirait toutefois un gain de temps. En une journée, il permet à une vingtaine de stagiaires de s’entraîner avec deux formateurs, tandis que quatre formateurs pour douze stagiaires sont nécessaires pour une simulation avec un mannequin.
 
Une session sur Victeams est aussi moins coûteuse que les exercices grandeur nature  : le prix du casque, un HTC Vive, et de la tour d’ordinateur représente environ 3 500 euros. Et si «  ça ne les remplacera pas  », c’est tout de même un tantinet plus facile à organiser  :
 

«  Il existe un exercice de simulation d’accident avec un bus de la RATP voué à la destruction, mais on ne peut pas le faire tous les jours. »

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