La VR made in France s’attaque aux USA

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La VR made in France s’attaque aux USA
01 Mai, 2018
Alexandre Aja (au centre) sur le tournage de Campfire Creepers. ©Future Lighthouse

 

Le festival du film de Tribeca, qui s’est clos ce week-end à New York, a présenté vingt-six œuvres en réalité virtuelle. Derrière la caméra : de nombreux Français, comme Alexandre Aja.

 

On n’avait jamais autant parlé la langue de Molière au festival du film de Tribeca, qui s’est clos ce week-end à New York. Dans la section réservée aux œuvres réalisées en réalité virtuelle (ou « VR »), ils étaient une vingtaine de Français à avoir fait le déplacement pour présenter leur travail. Producteurs, réalisateurs, techniciens… impossible de ne pas les croiser entre les vingt-six installations regroupées dans le même bâtiment du sud de Manhattan.

 

« C'est un record, confirme Loren Hammonds, le programmateur de cette partie expérimentale du festival. Mais depuis sa création, les Français ont toujours été présents dans cette catégorie. Il y a deux ans, un réalisateur français a même remporté la compétition! Ils font preuve de beaucoup d'inventivité à un moment où la VR atteint enfin une certaine maturité technologique. »

 

Partout dans le monde, la réalité virtuelle explose. Portée par des casques de plus en plus abordables et soutenue par des industriels qui y voient un possible eldorado, elle flirte désormais avec le documentaire et le cinéma, décuplant les possibilités narratives et visuelles, dépassant les simples univers des jeux vidéo et de l’animation.

 

L’année dernière, le réalisateur Alejandro Gonzalez Iñarritu avait fait sensation au festival de Cannes en présentant un film qui faisait vivre au spectateur, casque sur les yeux et pieds nus, le calvaire des Mexicains passant clandestinement la frontière américaine. Cette année, pour concocter sa sélection, le festival de Tribeca avait le choix entre 450 œuvres produites dans le monde entier.

 

En France, des aides publiques pour la VR

« La VR, c’est le trip ultime de tout cinéaste ! s’enthousiasme le réalisateur Alexandre Aja, connu pour ses films d'horreur (Haute tensionLa colline a des yeux). C'est l’immersion parfaite pour raconter une histoire. » A Tribeca, le Français a présenté Campfire Creepers, une production réalisée à 360 degrés et en relief, qui nous plonge dans une forêt autour d’un feu de camp… Où que l'on regarde, les flammes projettent d'inquiétantes ombres.

 

Le danger peut venir de partout. Idéal pour jouer avec les nerfs du spectateur… « J’adore le côté artisanal de la VR, continue le réalisateur, qui a bricolé une caméra à onze objectifs pour pouvoir filmer dans toutes les directions. Tout le monde tente d’en repousser les limites, de Londres à Los Angeles en passant par Paris. »

La France bénéficie d'un avantage de taille dans ce nouveau laboratoire cinématographique mondial : l'existence d’aides publiques destinées spécifiquement à soutenir les œuvres en VR et distribuées par le CNC, certaines régions et quelques chaînes de télévision (Arte, France Télévisions).

 

« Quand on le compare aux autres pays, l'écosystème français est exceptionnel, estime Marianne Levy-Leblond, la responsable des productions web et des projets transmédias chez Arte, qui, elle aussi, a fait le déplacement à New York. Mais il ne faut pas aller trop vite : la VR ne s’applique pas à tous les projets et la question de l’accès au grand public, au-delà des festivals, reste centrale. »

 

Des grands noms du cinéma

A Tribeca, la chaîne a présenté Battlescar, une excitante immersion dans le New York punk des années 1970, qui multiplie les changements de perspectives et les incrustations à l'écran pour figurer le bouillonnant processus créatif de deux artistes. Assez pour séduire le marché international ? « Aujourd’hui, les Etats-Unis investissent surtout dans les plateformes, affirme Arnaud Colinart, le producteur de BattlescarNous avons une carte à jouer en creusant la singularité de l’écriture. Pour continuer à convaincre, la VR a en effet besoin de contenus forts. »

Cette année, la société de production qu’Arnaud Colinart a co-fondée entre Paris et Lyon avait trois projets sélectionnés au festival de Tribeca : cette animation dans le New York punk, un documentaire poétique et interactif sur le deuil, et une exploration cosmique mise en scène et en sons par Darren AronofskyJessica Chastain et Patti Smith.

 

Rien que ça ! Toute l’année, le producteur écume les grands rendez-vous du cinéma à la recherche de projets prometteurs – les festivals de Venise et de Sundance sont particulièrement réputés pour leur section VR. Il peut aussi compter sur un programme mis en place par les services culturels de l’ambassade de France pour faciliter la visibilité sur le territoire américain des artistes français spécialisés dans la réalité virtuelle.

 

« Aujourd'hui, tous les grands noms du cinéma viennent à la VR, explique-t-il, car ils veulent retrouver la puissance et le prestige de l'expérience ciné, un peu disparue avec Netflix. Pour nous qui avons fait toute notre carrière dans le digital tout en gardant un œil sur le septième art, c’est une opportunité formidable à saisir, et aussi l’occasion de réinventer le rapport de chacun aux histoires, à la fiction. »

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