La réalité virtuelle fatiguante pour les yeux

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La réalité virtuelle fatiguante pour les yeux
07 Janvier, 2017

Je jouais à un jeu, quand tout d’un coup, mon regard s’est brouillé. Depuis, j’ai beaucoup de mal à visser un casque de réalité virtuelle sur ma tête.

Je survolais un Paris sans humain. Une capitale où les plantes grimpaient le long des immeubles haussmanniens délaissés et où les animaux échappés du zoo étaient les uniques habitants.

Ce Paris post-apocalyptique constitue la toile de fond du jeu Eagle Flight développé par l’éditeur français Ubisoft. On y incarne un aigle, désireux d’agrandir son territoire de chasse et de protéger sa famille.

« Eagle Flight » est un jeu en réalité virtuelle. Il faut posséder le casque de réalité virtuelle de Sony, le PSVR pour y jouer. Une fois le casque installé et le jeu lancé, nous synchronisons notre vision avec celle de l’aigle virtuel.

Plongées en piquée, zigzags entre les toits, combats de vautours... l’expérience est grisante.

Quelque chose qui fait mal dans les yeux

J’en étais-là. Je survolais cette capitale florale et commençais à inquiéter ma colocataire. Le casque sur la tête, je bougeais la tête et les épaules tel un piaf. Mouvements saccadés de la nuque, petits cris d'aigle, les bras horizontaux comme des ailes... J’étais un rapace.

Je jouais depuis une heure quand ma vue s’est brouillée. Une sensation d’inconfort gagnait mon œil droit. J’ai peiné à terminer la mission et j’ai retiré le casque.

Les heures qui ont suivi, j’avais l’impression de lutter pour faire la mise au point. Comme si je n’arrivais plus à alterner automatiquement « regarder au loin » et « regarder de près ». Je devais me concentrer., cela prenait plusieurs secondes. Mon œil droit pleurait et j’avais l’impression de loucher.

Le lendemain, j’en parle à un pote possesseur de l’Oculus Rift. On réalise qu’on a vécu la même chose après avoir joué à un VR. Il me dit :

« J’avais l’impression que le champ de vision de mon œil droit dérivait à l’intérieur de mon œil, vers mon nez. »

Les maux de la réalité virtuelle

Avant même la sortie des casques au grand public, on a beaucoup parlé du "mal de la réalité virtuelle". C’est cette sensation de nausées qu’on appelle mal des transports, mal de mer ou cinétose.

La cinétose apparait quand les trois organes responsables de notre équilibre – à savoir nos yeux, notre oreille interne et notre corps – ne renvoient pas la même information à notre cerveau.

Quand je joue à « Eagle Flight », mes yeux disent que je suis un aigle qui vole, mon oreille interne dit pourtant que je suis sur le plancher des vaches, et mon corps ne ressent ni le vent ni le vide.

Le mal de la réalité virtuelle, c’est chiant mais il suffit souvent de retirer le casque et de patienter pour que les symptômes de chancelement disparaissent. En achetant le casque de réalité virtuelle de Sony, j’étais conscient de l’existence de ce « mal ».

En revanche, je ne connaissais pas l’existence d’un autre mal : la dissociation de la vision binoculaire.

Convergence et accommodation

Avant de continuer, on doit parler de convergence et d’accommodation. Vous êtes en train de lire cet article, certainement à une trentaine de centimètres de votre écran.

Pour être capable de lire, vos yeux font la mise au point sur les mots, ces lettres noires sur fond blanc. C’est ce qu’on nomme l’accommodation.

Afin de restituer une seule image à votre cerveau alors que vous êtes de près, vos deux yeux « louchent » vers les mots que vous lisez : c’est la convergence (cet article du Temps explique très bien comment la convergence et l’accommodation fonctionnent).

C’est là où les casques de réalité virtuelle posent problème. Pour continuer, revenons à mon exemple de l’aigle. Je perçois un rapace au loin. Pour le suivre sur la distance, mon œil devrait faire la mise au point sur lui (accommodation). Sauf qu’en fait, il fait la mise au point sur l’écran du casque de réalité virtuelle qui est à moins de cinq centimètres.

Mes yeux vont donc converger vers le rapace qui arrive sur moi mais ils ne vont pas s’accommoder comme ils le feraient naturellement. On constate donc un découplement « accommodation » et « convergence » et ça, ça peut provoquer des inconforts.

La dissociation de la vision binoculaire

Gilles Renard est directeur scientifique à la société française d’ophtalmologie. Quand je lui parle de ma sensation d’inconfort en jouant à la réalité virtuelle, il me répond du tac au tac :

« Globalement, la réalité virtuelle, c’est dangereux pour les yeux. »

Selon lui, la dissociation entre l’accommodation et la convergence seraient à l’origine de mon impression de strabisme quand je joue à un jeu en réalité virtuelle. Le pire qu’il pourrait m’arriver : une diplople, c’est-à-dire de voir deux images et non plus une seule.

« Certaines personnes possèdent une vision binoculaire fragile. Celle-ci peut se dégrader en jouant à la réalité virtuelle. »

Bon, selon lui, rien n’est définitif :

« Cela se récupère par une éducation. Des personnes qui ont souffert de strabisme ou qui ont déjà eu une rééducation orthoptie vont se retrouver à nouveau avec une anomalie qu’il va falloir traiter.

Les ophtalmologues passent leur temps à reconstituer la vision binoculaire chez les gens. A l’inverse des casques qui dissocient cette vision. »

Pierre-François Kaeser, responsable de l’unité de strabologie et ophtalmologie pédiatrique à l’hôpital ophtalmique Jules-Gonin à Lausanne, interrogé par Le Temps :  « La plupart du temps, il s’agit d’un inconfort visuel transitoire plus que d’une véritable pathologie. Et à ma connaissance, il n’y a pas de dégâts sur le long terme. »

Les sociétés comme PLaystation et Oculus préconisent de faire une pause de quinze minutes toutes les heures. La société français de l’ophtalmologie conseille :

  • Pas de réalité virtuelle pour les enfants ;
  • Le moins possible pour les adultes.

One more thing

Ah oui, il y a un dernier problème aussi. Les casques de réalité virtuelle utilisent des écrans LED. Selon Gilles Renard, il a été démonté que ce type de luminosité est toxique sur la rétine des animaux. Mais pour les humains,

« il n’y a pas d’étude sur le long terme car les écrans LED sont apparus il y a une dizaine d’années. Leur toxicité ne pourrait être clairement définie que d’ici une vingtaine d’années. »

Voilà, moi j’arrête un moment, mais bon jeu.

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