Imaginons un enseignement par la réalité virtuelle

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Imaginons un enseignement par la réalité virtuelle
11 Octobre, 2016

Ce n’est pas une surprise que d’apprendre que Singapour souhaite devenir le héraut mondial de l’économie digitale et l’annonce de la fusion ces derniers jours entre les deux entités d’état que sont « le département de l’information et la communication » d’une part et « le département média » de l’autre ne fait que renforcer cette ambition. La réalité virtuelle fait partie des premières annonces de ce nouveau bureau « Info-communications Media Development Authority » (IMDA). Si celle-ci revêt une importance capitale c’est parce que selon eux cette même technologie est porteuse de bénéfices pour un très grand nombre de domaines et prioritairement celui de l’enseignement. Que ce soit pour des études en sciences sociales, médecine, architecture, management et autres disciplines comme la physique ou la chimie, la réalité virtuelle est en effet systématiquement pertinente.
 
Cela n’a rien de bien étonnant et si nous avons une tendance naturelle à regarder cette technologie comme réservée aux geeks et autres écoles d’ingénieur c’est bien à tort. Il n’y a pas de domaines exclusifs destinés à la réalité virtuelle. Grâce à elle les études anthropologiques deviennent possibles sans intrusion massive chez les populations étudiées, l’exploration de l’atome devient un acte quotidien, la projection d’une construction future est accessible à moindre coût, etc. Pour le dire autrement la réalité virtuelle devient réelle et permet autant d’être confrontée à un environnement réaliste que de personnaliser celui-ci, autant de réaliser des économies que de dessiner un futur souhaitable. C’est donc bel et bien l’éducation qui doit être la pionnière dans ce domaine, la première à utiliser cette technologie et de manière massive, depuis l’école maternelle jusqu’à la formation continue. Quand les plus petits découvrent et expérimentent le monde, les cultures, les traditions et la géographie à travers l’accessoire 3D approprié, les plus anciens en formation découvrent sans bouger de leur siège la supply-chain des usines dès plus sophistiquées, plongent dans l’atmosphère des start-ups de la Silicon Valley ou de Tel Aviv en quelques secondes, entrent en contact avec les plus grands dirigeants partout dans le monde qui eux-mêmes n’ont pas à perdre leur temps en long voyages aussi fatigants que couteux.
 
La réalité virtuelle est le moyen de l’apprentissage de demain face à une demande d’enseignement de plus en plus importante et en même temps de plus en plus sophistiquée voire individualisée. On comprend ainsi aisément que la réalité virtuelle soit une priorité pour la cité-état. Ce n’est pas du tout un effet d’annonce, plutôt un effet d’avance dont elle veut bénéficier, car au royaume de l’excellence il apparaît comme impossible de ne pas anticiper ce qui va devenir à l’évidence une révolution des usages comme des pratiques dans toutes les couches de la société.
 
Alors que nous venons de décrire les intérêts de cette technologie pour l’éducation, Singapour ne veut pas s’arrêter là. Pour cette nation la réalité virtuelle doit bénéficier à tous : aux personnes âgées qui apprendront plus facilement à utiliser internet grâce à cette technique, mais aussi pour simuler les risques de la vie quotidienne auxquels ils peuvent être confrontés ; aux communautés – qu’elles soient malaisienne, chinoise, hindous – afin de garder un lien fort tant avec leurs racines qu’avec leurs parents ; aux consommateurs – une évidence à Singapour – qui pourront depuis chez eux déambuler dans leur centre commercial préféré avant de s’y rendre directement pour acheter les articles sélectionnés où choisir de se faire livrer.
 
Comme toute innovation, celle-ci aura ses promoteurs et ses détracteurs, or il ne s’agit pas de dire si une innovation est « bonne » ou « mauvaise ». L’innovation est souvent tortueuse apportant son lot d’intérêts, de bénéfices ainsi que ses effets de bords plus critiquables. Singapour fait le pari que la réalité virtuelle sera la technologie de demain, inhérente à l’ensemble des services, à destination de toute la population, les plus jeunes comme les plus anciens, les plus aisés comme les moins riches. La cité du lion ne regarde pas la technologie comme un facteur qui peut diviser mais qui au contraire peut rassembler, être au service de tous. Rien de bien nouveau, qu’il s’agisse d’internet avec le wifi ou la téléphonie mobile par exemple, Singapour a toujours eu comme ambition le bien commun en faisant de la technologie un moyen à destination de services pour tous et non une fin. Dominer la technologie et non s’y soumettre est une posture qui se conquiert, se cadre, s’apprend, se définit, se circoncit, autrement dit, s’éduque et l’on comprend pourquoi cela est alors une priorité gouvernementale.

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