En Suisse, la VR forme les soignants

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En Suisse, la VR forme les soignants
01 Juin, 2018

La Haute Ecole de la santé La Source et la start-up UbiSim ont mis au point une plateforme de réalité virtuelle pour améliorer la sécurité des soins. Une première dans le domaine infirmier. En médecine, ces outils de formation se multiplient depuis une dizaine d’années.

 

La scène se déroule dans une chambre d’hôpital avec vue sur le Léman. Allongé, un patient attend de recevoir une transfusion sanguine. L’opération est délicate, car toute erreur, même minime, peut entraîner des complications. On enfile les gants avant de mesurer les signes vitaux: température, pouls, respiration et pression artérielle.

 

Une fois le stéthoscope posé, le cœur et les poumons se font entendre, réguliers. La perméabilité du cathéter est également vérifiée, afin de s’assurer qu’il est bien posé… Autant de gestes anodins pour de nombreux soignants, mais qui ont la particularité, ici, d’être réalisés à l’aide d’un casque et de manettes, dans un univers complètement virtuel.

 

Un champ d’application pas anodin

Développée conjointement par des élèves de la Haute Ecole de la santé La Source et la start-up suisse UbiSim, basée à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), cette plateforme de réalité virtuelle, à visée pédagogique, est la première en son genre à être dédiée aux soins infirmiers.

 

Le choix de la thématique, qui repose sur une vaste revue de la littérature scientifique, est loin d’être anodin: «La transfusion sanguine est un geste qui comporte des risques, explique Jacques Chapuis, directeur de l’institut lausannois. On estime en effet qu’entre 10 et 15 personnes décèdent en Suisse chaque année à la suite d’erreurs médicales liées à cette pratique.»

 

Si on maîtrise parfaitement la procédure, on est plus enclin à avoir de l’empathie envers le patient, à faire preuve de réflexion et d’analyse

Dominique Truchot-Cardot, vice-doyenne de l’innovation à La Source

 

L’expérience offre aux étudiants la possibilité de s’exercer, de manière autonome, à cette technique sensible tout en bénéficiant, à son issue, d’un compte rendu détaillé de la machine. Chaque oubli ou erreur est passé au crible. «Il est difficile de pratiquer la transfusion sanguine de manière régulière durant ses études, analyse Dominique Truchot-Cardot, vice-doyenne de l’innovation à La Source.

 

C’est pourquoi l’idée était de réaliser un outil de visualisation mentale qui permet de s’entraîner avant de se rendre au lit du malade. Si on maîtrise parfaitement la procédure, on est plus enclin à avoir de l’empathie envers le patient, à faire preuve de réflexion et d’analyse.»

 

Les résultats auprès des élèves semblent d’ores et déjà convaincants et de nouveaux modules devraient suivre prochainement, consacrés cette fois à l’évaluation clinique de l’enfant, de l’adulte et des personnes âgées. Ceux-ci, ainsi que le premier tome consacré à la transfusion, pourront également être utilisés par les professionnels en formation continue.

 

Améliorer la coordination main-œil

Si elle constitue une nouveauté dans le cadre des soins infirmiers, l’usage de la réalité virtuelle s’est installé en médecine depuis une dizaine d’années déjà. Dans ce cadre, des outils de simulation ont principalement été développés dans le but de former les médecins à la chirurgie mini-invasive, telle que l’arthroscopie (interventions sur les articulations), la laparoscopie (dans la cavité abdominale) ou encore la thoracoscopie (au niveau du thorax).

 

Initialement utilisées à des fins diagnostiques, ces techniques – qui consistent à introduire les instruments dans le corps par de petites incisions – sont désormais devenues incontournables pour la prise en charge chirurgicale de nombreuses pathologies.

 

Sous une apparente simplicité, ce type de chirurgie est toutefois exigeant et requiert un entraînement assidu, principalement parce qu’il nécessite, de la part du médecin, une excellente coordination main-œil. La difficulté: réaliser des gestes dans un espace en trois dimensions alors que la vision, elle, est limitée à une image sur un écran en deux dimensions.

 

Un complément à la formation classique

«Les nouveaux outils de simulation sont hyperréalistes», explique Phil Norris, chef de projet stratégique de la société VirtaMed, un spin-off de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich et de l’EPFL qui produit, en partenariat avec des sociétés médicales spécialisées, des simulateurs pour l’enseignement et la formation des médecins.

 

«Les sensations sont identiques à celles qu’un chirurgien pourrait avoir en opérant quelqu’un, et les programmes développés couvrent 90% des cas rencontrés dans la pratique clinique. Par ailleurs, si le développement rapide des procédures médicales améliore sans conteste les conditions de vie des patients, qui voudrait être la première personne qu’un médecin opère?»

 

Permettant une immersion cognitive, ces outils semblent loin d’être de simples gadgets technologiques. En effet, selon une étude de Cochrane, la formation par réalité virtuelle permettrait de réduire la durée de l’opération et améliorerait la performance des stagiaires ayant une expérience en laparochirurgie limitée, ce qui en ferait un bon complément à la formation classique au bloc opératoire, chère et beaucoup plus exigeante en infrastructures et en temps.

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