Comment les armées veulent utiliser l'AR

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Comment les armées veulent utiliser l'AR
11 Octobre, 2018

La Direction générale de l'armement développe un système de visualisation des signatures radar, avec les lunettes HoloLens de Microsoft.

 

La scène est surprenante : des ingénieurs de la Direction générale de l'armement (DGA) s'agglutinent autour d'une maquette de vieux Mig-21, dans le centre d'essai Solange*, un immense bâtiment bardé de high-tech à Bruz, près de Rennes. L'un d'eux porte des lunettes HoloLens, de Microsoft. Sur le mur, un écran montre justement ce que voit l'utilisateur : le Mig-21 apparaît sous un jour nouveau (voir notre vidéo). Il est bardé de points de couleur : blanc lorsque la signature radar est faible, rouge lorsqu'elle est forte. Et les couleurs évoluent lorsque l'ingénieur change de point de vue, car une signature radar de face n'est évidemment pas la même que de profil.

 

Ce montage insolite, mis en scène pour une démonstration à l'occasion des cinquante ans de la DGA/MI (pour « Maîtrise de l'information ») le 19 septembre, montre non seulement comment les ingénieurs pourraient à l'avenir tester les aéronefs en développement, mais aussi comment l'Armée de l'air pourrait contrôler le maintien des performances tout au long de la vie de l'appareil. En effet, aujourd'hui, les mécaniciens et les pilotes effectuent essentiellement des contrôles visuels. Or, pour les aéronefs furtifs, « il est nécessaire de prévoir un dispositif de vérification de son état de furtivité à intervalle régulier, avec des moyens utilisables au plus près des zones d'emploi », nous explique la DGA, qui précise que le projet est « au stade d'étude très en amont ». La France n'est en effet pas (encore) dotée d'avions furtifs, mais « nous préparons l'avenir », explique le grand coordonnateur des programmes militaires français.

 

La furtivité dans le creux de la main

Les ingénieurs des armées développent donc un outil qui permet de « visualiser en réalité augmentée la signature radar [image holographique radar] directement sur l'aéronef, dans le but de localiser simplement et rapidement les éventuelles dégradations de l'état de furtivité de l'avion ». Un outil qui sera très précieux à l'avenir, car « la signature radar sur un avion furtif peut évoluer sans que l'on s'en rende compte visuellement », précise la DGA. 

 

Le système final serait composé d'un « moyen de mesure de signature radar déplaçable », c'est-à-dire « un émetteur et un récepteur d'ondes radar (ou électromagnétique), couplé à un système d'exploitation », ajoute la DGA. Ainsi, un mécanicien sur le terrain, en France ou en opération extérieure, pourrait dégainer un mini-radar mobile et mesurer en quelques instants la signature radar d'un appareil, pour la comparer d'une part avec les mesures effectuées précédemment sur le même appareil, et d'autre part avec la signature radar de référence, captée dans les conditions optimales du centre Solange.

 

Une innovation civile « captée » par les armées

«  Le système présenterait alors les zones sur lesquelles le niveau a singulièrement évolué, au point de remettre en cause la capacité de l'aéronef à remplir sa mission, pour permettre ainsi la réparation de la zone dégradée », poursuit la DGA. Les vols et le vieillissement des aéronefs entraînent en effet des dégradations de la furtivité, qu'il serait aujourd'hui difficile de mesurer régulièrement : impossible d'immobiliser les appareils ou d'utiliser systématiquement un équipement comme Solange.

 

Ce projet, s'il aboutit, illustre bien la volonté des armées de « capter l'innovation civile » (ici, la réalité augmentée), pour l'adapter à des projets exclusivement militaires (ici, la furtivité). C'est l'un des objectifs affichés de la nouvelle Agence de l'innovation, qui chapeaute désormais les programmes de recherche militaire en France. De leur côté, les entreprises concernées ne sont pas forcément impliquées : Microsoft, par exemple, n'est pas associée au projet de la DGA utilisant ses lunettes holographiques, qui pourraient être remplacées par d'autres dans une prochaine mouture.

 

* Solange est un moyen d'essai unique en Europe, qui appartient à la Direction générale de l'armement et est installé au centre « Maîtrise de l'information » de Bruz, près de Rennes. Dans cet immense bâtiment (40 mètres de haut et 58 mètres de diamètre), un radar permet de bombarder d'ondes les aéronefs réels ou les maquettes, placés dans le gigantesque hangar, et dont on peut alors mesurer très précisément la signature radar sous tous les angles.

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