Vivre la Coupe du Monde 2018 à 180°

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Vivre la Coupe du Monde 2018 à 180°
13 Mai, 2018
Dans le car régie où officie Laurent Lachand pour réaliser le match Bordeaux/PSG, le 22 avril dernier - (Patrick Bernard pour Le Parisien Week-End)

 

Le Mondial de football, qui débute dans un mois, est déjà dans toutes les têtes et sera bientôt sur tous les écrans. Enquête sur les moyens mis en place pour retransmettre cet événement hors norme.

 

Avec plus de 3,2 milliards de téléspectateurs, le Mondial est l’événement sportif le plus suivi de la planète, après les Jeux olympiques. En France, pour la vivre en direct, il faut être abonné à BeIn Sports, diffuseur exclusif de l’intégralité des matchs, ou regarder TF1, qui retransmettra 28 des 64 rencontres de la compétition qui se déroulera en Russie du 14 juin au 15 juillet.

 

Si les deux chaînes disposent chacune de leur propre duo de commentateurs vedettes, ce sont pourtant bien les mêmes images que vous verrez sur l’une et l’autre, une fois le coup d’envoi sifflé. La Fédération internationale de football (Fifa) fournit à tous les diffuseurs titulaires des droits de retransmission des images « clé en main », confiées à une équipe de réalisateurs triés sur le volet. En plus de ce canal officiel, les chaînes ont la possibilité d’acheter des flux additionnels d’images.

 

Enrichir sans dénaturer

Pour personnaliser davantage leur antenne, les plus riches d’entre elles n’hésitent pas à s’offrir, à prix d’or, quelques emplacements sur la pelouse afin d’installer leurs propres caméras. « Le but n’est pas de refaire la réalisation internationale mais d’éditorialiser, d’enrichir nos contenus avant et après le match en proposant, par exemple, grâce à nos quatre caméras, un focus sur tel ou tel joueur », explique Jérôme Saporito, le directeur adjoint des Sports à TF1.

 

Si le coût de production des matchs de la Coupe du monde reste un secret bien gardé, la Fifa ne lésine de toute évidence pas sur les moyens techniques et humains. Cette année, huit réalisateurs stars se relaieront durant la compétition. Parmi eux, la crème de la « réal » tricolore : Jean-Jacques Amsellem, Laurent Lachand et François Lanaud.

 

« Chaque match est une pièce de théâtre », explique ce dernier. A 56 ans, il s’apprête à mettre en images sa sixième Coupe du monde consécutive, un record. « Notre mission, c’est de retransmettre la vérité et l’émotion du terrain, en faisant preuve de plus de pédagogie encore que d’habitude car, en Coupe du monde, on n’a pas affaire qu’à un public de connaisseurs », ajoute celui qui officie habituellement sur les chaînes BeIn Sports et M6. Pour ces virtuoses de la réalisation sportive, la pression est grande car le monde entier aura les yeux braqués sur la compétition.

 

Si un débordement de supporters survient dans les tribunes, vous ne le verrez probablement pas à l’écran. « Je dois rester factuel. Je ne le montrerai que si le jeu est impacté », confie François Lanaud. Pas question pour les organisateurs de favoriser, à l’image, une équipe plus populaire ou sponsorisée par une marque plus généreuse. Le traitement doit être « impartial », assure-t-on à la Fifa. Et le spectacle promet d’être au rendez-vous.

 

Plans aériens filmés par hélicoptère et par la fameuse spidercam, caméra araignée, glissant le long de filins tendus au-dessus du terrain, caméras empruntées au cinéma permettant de courir au rythme d’un Neymar lancé à pleine vitesse tout en gardant une image stable, « superloupe » capable de fournir des ralentis sans saccades et d’une incroyable netteté... Au total, près de 40 caméras de la Fifa seront postées autour du terrain et dans les tribunes pour assurer le show.

 

C’est deux fois plus que lors d’un gros match de Ligue 1. Avec un tel dispositif, la légendaire « main de Dieu » de Maradona (qui a permis à l’Argentine de se qualifier pour les demi- finales du Mondial 1986) ne serait pas passée inaperçue ! D’autant qu’avec l’arbitrage vidéo, autorisé pour la première fois cette année en Coupe du monde, plus rien ou presque n’échappera à l’oeil avisé des quatre arbitres-assistants chargés de revisionner, en cas de doute, les moments cruciaux d’un match (buts, penalties, carton rouge...), depuis leur carrégie basé à Moscou.

 

La réalité virtuelle pour être au coeur du match

La Coupe du monde comptera une quarantaine de caméras par match. Ce modèle, accroché avec des filins, donne une vision d’ensemble et peut traverser le terrain à grande allure. (Ben Radford/Corbis/Getty)

 

Le progrès n’a pas fini de nous en mettre plein les yeux. « Depuis le passage à la haute définition (HD), et plus récemment à l’ultra-HD (4K), les images sont traitées beaucoup plus rapidement. Déjà, en 2006, par exemple, le ralenti du coup de boule de Zidane avait pu être montré dans la minute », rappelle Jérôme Saporito.

 

Quant à la profondeur de champ offerte par ces technologies, elle est sans commune mesure avec celle des matchs d’antan. « Aujourd’hui, si votre belle-mère est dans les tribunes, vous la voyez parfaitement : chaque détail de l’image est net », souligne le directeur adjoint des Sports de TF1.

 

Grâce à l’application mobile myTF1 VR (gratuite, sur iOS et Android), vous pourrez même vivre 28 rencontres comme si vous y étiez, avec une vision à 180°, enrichie de statistiques exclusives... A condition de posséder un casque de réalité virtuelle.

 

Immersion, en régie, avec l’un des réalisateurs stars

Ils sont peu d’élus à savoir mettre en scène les grandes rencontres footballistiques. 

 

Son travail sera bientôt vu par le monde entier. A 56 ans, Laurent Lachand s’apprête à « mettre en boîte » sa deuxième Coupe du monde. Sélectionné par la Fifa pour réaliser une partie des matchs du Mondial, il incarne, avec d’autres, la « french touch ».

 

Aux commandes sur Canal + pour les plus grosses rencontres de Ligue 1 du week-end, le réalisateur, à l’allure décontractée, ne laisse rien au hasard. En pleine réalisation ce jour-là d’un Bordeaux- PSG, il affiche une mine concentrée. Confinés à ses côtés dans la semi-­obscurité du car ­régie stationné sur le parking du stade Matmut-Atlantique, à Bordeaux, une vingtaine de techniciens en charge des ralentis, de l’habillage­ et du son.

Les yeux rivés sur la trentaine de moniteurs face à lui, dont certains sont eux-mêmes divisés en quatre, le maître de cérémonie Lachand égraine d’étranges instructions tout en pianotant sur les boutons de son pupitre : « Attention, retour… 3-6-2 puis 4, OK… » A chaque chiffre correspondent une caméra et un angle de vue différents. En lien étroit avec son équipe de cadreurs, soigneusement choisie, il enchaîne les combinaisons de plans avec un calme déconcertant. « C’est une gymnastique mentale », confie ce chorégraphe de l’image. 

 

Riche en ralentis et en plans serrés, sa réalisation est emblématique de « l’école française ». Elle tranche avec celle, nettement moins découpée, des Anglais.

« Ces derniers n’utilisent en moyenne que 700 plans quand les Français en mettent plus de 1 000 », résume Jérôme Saporito, le directeur adjoint des Sports sur TF1. Si certains voient dans la réalisation « british » l’héritage du temps où le jeu anglais, caractérisé par le « kick and rush » (long ballon à destination des attaquants), nécessitait des plans larges pour ne pas perdre l’action de vue, d’autres ont une analyse différente.

 

« En France, on cherche surtout à éditorialiser le match, raconter l’histoire qui se déroule sous nos yeux, explique Laurent Lachand. Les gros plans et ralentis sont des outils pour y parvenir. Prenez par exemple la blessure de Neymar, lors du PSG-OM, en février. En quatre plans, le téléspectateur avait toutes les clés : la faute, la douleur, la réaction d’Unai Emery (l’entraîneur du PSG) et celle de Nasser (Al-Khelaïfi, le président du club), qui comprend alors les conséquences sur la saison de son club. C’est ça, mon métier ! » 

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