Tsai Ming-Liang ou l’art de réaliser un film en VR

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Tsai Ming-Liang ou l’art de réaliser un film en VR
05 Septembre, 2017

On ne voit pas l’auteur taïwanais Tsai Ming-liang en train de faire un film de réalité virtuelle. Et pourtant, il a renouvelé sa collaboration avec le célèbre acteur Lee Kang-sheng, établi un partenariat avec la compagnie de technologie pionnière HTC et a testé les limites du story-telling de ce nouveau média qu’est la VR.

 

 

Tsai Ming-liang :

 

La première personne à m’avoir invité à réaliser un film de réalité virtuelle, c’était Marco Mueller, l’ancien directeur du Venice Film Festival. Il prévoyait de créer un festival en Asie et il voulait ouvrir ce festival à la VR. Généralement, je suis assez peu intéressé par de telles tendances technologiques mais pour une fois j’étais intrigué. Je voulais aussi savoir pourquoi Marco Mueller m’avait choisi. Mais avant que je puisse lui demander, le projet de festival a été annulé. 

J’ai quand même eu envie de poursuivre dans cette voie. 

 

Après ma première expérience avec la VR, ma tête tournait et j’étais prêt à tout abandonner. On m’avait montré des vidéos en VR et rien n’allait. L’équipement était lourd et difficile d’usage, la qualité de l’image était très moyenne et pire que tout, il n’y avait aucune esthétique. J’ai dit à mon producteur : « C’est bon, j’arrête ».

 

Et puis, une vidéo m’a fait changer d’avis. On y voyait un magasin de tissus et chaque détail était là, les couleurs aussi. Ce n’était qu’un bout de vidéo mais il m’a donné la sensation d’être dans cette boutique pour de vrai. C’est là que j’ai vraiment commencé à m’intéresser au sujet. 

 

Six mois plus tard, HTC Taïwan est venu me voir avec une invitation. HTC est le leader de l’industrie VR à Taïwan.

 

La réalité virtuelle me donne l’impression d’être plus du théâtre que du cinéma, un théâtre de la vie. Les techniques traditionnelles du cinéma sont inutiles en VR puisque le spectateur est placé dans une scène et libre de regarder ce que bon lui semble. 

 

Ce qui change avec la réalité virtuelle c’est que je suis certes un réalisateur mais je suis aussi un spectateur. La place de la caméra et des objets change, tout comme celle des acteurs. 

HTC m’a demandé de réaliser un film de 20 minutes. Sauf que je suis connu pour réaliser de très longs films. À la fin, le projet durait 55 minutes mais HTC s’est montré content du résultat. 

Je prends toujours le même casting : Lee Kang-sheng, Chen Shiang-chyi et Lu Yi-ching. Pour mon dernier film, j’ai ajouté Yin Shin.

 

Pendant le tournage, tous les membres de l’équipe doivent sortir du plateau, ce qui permet aux acteurs d’être plus naturels. Je reste pourtant à côté de la caméra pour voir les performances des acteurs et je suis enlevé de l’image en post-production. 

 

Pour moi, la réalité virtuelle est vraiment un nouveau médium, il reste tant à découvrir et à améliorer. Il y a toujours des problèmes de déperdition de qualité de l’image et cela joue sur la qualité du film. Mais c’est mineur par rapport à ce que j’ai l’impression de faire lorsque je réalise un film en réalité virtuelle. Toute la créativité qui s’exprime vaut bien quelques retards techniques. 

 

Sarah Rozenbaum

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