Technologie: l'ouverture des frontières du documentaire

Category: 
Technologie: l'ouverture des frontières du documentaire
15 Novembre, 2016
Les 19es Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) se tiendront du 10 au 20 novembre 2016, à Montréal. Pour une troisième année, la salle UXdoc, aménagée dans la salle Norman-Mc Laren de la Cinémathèque québécoise, propose une exploration des nouvelles formes d'écriture du documentaire par le biais de quelques œuvres interactives et en réalité virtuelle. Voici quelques suggestions.
Quand le journalisme rencontre la réalité virtuelle

Parmi les films présentés en réalité virtuelle, la première expérience documentaire en réalité virtuelle du quotidien britannique The Guardian, intitulée 6x9, est un incontournable. Pendant 9 minutes, les cinéastes Francesca Panetta et Lindsay Poulton nous transportent dans une cellule d'isolement carcérale, où des gens nous racontent le quotidien qu'ils y ont vécu. On y comprend les effets neurologiques et psychologiques causés par l'absence de contacts humains pendant des semaines, des mois et même des années. Tout d'un coup, ces 9 petites minutes vous sembleront parfois un peu trop longues (vos mains moites en feront foi). Saisissant.

Une autre expérience intéressante est celle de Collisions, réalisée par l'artiste-cinéaste Lynette Wallworth. La réalité virtuelle est à son meilleur quand elle réussit à nous faire vivre l'impossible. Vous vous demandez quel effet ça fait d'assister à l'explosion d'une bombe atomique? Vous en aurez une bonne idée grâce au récit de certains membres de la communauté aborigène des Martu, qui vivent dans le désert Pilbara, en Australie, et qui ont subi un essai atomique dans les années 50. On est happé dans ce quotidien si éloigné du nôtre, où l'on prend le champignon de fumée pour un dieu qui, dans sa grâce, accepte de coucher les kangourous par terre pour faciliter la chasse. Mais voilà que ce n'est pas un dieu qui s'exprime, mais bien le dessein destructeur de l'homme. Dur constat.

Le chaos du web

Le film Network Effect pose un regard sans pitié sur notre consommation boulimique du web. On entre dans une pièce où l'on ne trouve qu'un grand écran et une souris. L'installation du duo Jonathan Harris et Greg Hochmuth est en fait un agrégateur du meilleur et du pire d'Internet. À l'aide de la souris, vous pouvez sélectionner un mot clé qui correspond à un comportement. Prenons smile (sourire), pour rester positifs. Se succèdent alors quasi frénétiquement des dizaines d'extraits de vidéos YouTube où l'on aperçoit des gens sourire avec un genre d'effet stroboscopique du web.

Les artistes souhaitaient explorer les effets psychologiques de notre utilisation obsessive du web. L'installation reprend le langage familier d'Internet dans sa forme (vidéos, listes, tweets, etc.) pour condenser les états d'anxiété, de FOMO (fear of missing out) et de frustration qui accompagnent nos vies numériques. Impossible de tout voir et impossible de tout savoir. D'ailleurs, la durée de l'expérience varie selon l'espérance de vie du pays où le visiteur se trouve. Toutefois, en fin de compte, on ne retient pas une image, un son ou une statistique en particulier. C'est trop et c'est voulu. On repart avec les promesses non remplies du web, dont le vide finit par devenir étourdissant.

Explorer les berges de Montréal par le son

Lancée il y a plus de 30 ans, Archipel était en fait une vaste étude d'aménagement portant sur les divers plans d'eau de la région de Montréal. Les artistes Guillaume Côté et Guillaume Campion ont voulu revisiter le passé de ces rives et les perspectives d'avenir qui l'accompagnent au moyen d'un voyage documentaire sonore, intitulé lui aussi Projet Archipel.

En cliquant sur divers lieux, on entend tant des politiciens que des citoyens, mais surtout des gens qui rêvent leur ville. On se retrouve au cœur d'une exploration du rapport des Montréalais au fleuve Saint-Laurent. On entend les gens et les lieux eux-mêmes parler. Les artistes reprennent des sons captés sur place pour ensuite les traiter numériquement. Il en résulte une ambiance unique sur fond de musique électroacoustique.

En plus de vivre une expérience sur le site web, on pourra assister à un concert issu de ce mélange d'entrevues, de sons et de musique le 18 novembre prochain à 20 h, à la salle Norman-Mc Laren de la Cinémathèque québécoise. Le troisième volet de cette création, et non le moindre, consistera en une application mobile qui verra le jour le printemps prochain, juste à temps pour le retour de nos balades post-hivernales.

A voir aussi

VRrOOm Wechat