Pour Iñárritu, l'impact de la VR dépasse le cinéma

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Pour Iñárritu, l'impact de la VR dépasse le cinéma
26 Novembre, 2017

Quelques jours après avoir reçu un Oscar pour son installation VR « Carne y Arena », Alejandro Gonzalez Inarritu revient sur les réactions engendrées par son oeuvre depuis son introduction à Cannes en Mai dernier. Pour lui, « le cinéma ne peut égaler l'impact émotionnel de la réalité virtuelle. »

 

« Je suis surpris par l'unanimité de son impact émotionnel. Aucun film n'aurait pu déclencher une telle réponse », observe-t’il, assis dans une salle du Musée d'art de Los Angeles (LACMA), où l'installation fait salle comble.

 

« L'impact de la VR sur le public va bien au-delà de celui généré par un film en deux dimensions ou une expérience passive. Il y a une vérité indéniable et une réalité des personnages qui ne peut être égalée par le cinéma classique ».

 

Le cinéaste fait référence dans son oeuvre au drame des immigrants ; l'histoire est basée sur des expériences réelles et plonge le spectateur dans le désert de Sonora, ou il accompagne un groupe de personnes qui tente d'entrer illégalement aux États-Unis avec l'aide d'un passeur.

 

« Si les gens et les politiciens pouvaient voir la réalité de ces gens, ils verraient que leur situation n'a rien à voir avec la droite ou la gauche. Nous ne sommes pas dans la peau de l'autre. Nous n'écoutons pas, ni n'essayons de comprendre ces gens. Il faudrait faire preuve de plus d'humanité, de compassion et d'empathie nécessaires ».

 

Selon lui, les « idéologies aveugles sont capables de fausser la réalité, même si elles sont sophismes ».

 

« Les pôles sont en train de fondre, le réchauffement climatique est une réalité, mais certaines personnes disent qu'il ne se produit pas. C'est vraiment grave. Il y a encore des gens qui pensent la terre est plate », ajoute-t'il d'un ton sarcastique.

 

Pour remettre en contexte la valeur de la récompense attribuée a « Carne y Arena », l'œuvre créée par Iñárritu et son partenaire Emmanuel Lubezki, il faut se souvenir que l'Académie d'Hollywood n'a décerné cet Oscar spécial que 17 fois depuis 1972, en général pour récompenser les dernières avancées technologiques en matière d'effets visuels, sonores et d'animation.

 

La dernière fois, ce même Oscar avait été remporté en 1996 par John Lasseter, directeur de la création chez Pixar Animation Studios et Walt Disney pour « Toy Story ».

 

Iñárritu avait commencé à imaginer un scenario racontant le drame des immigrants lors du tournage de « Babel » en 2005. Là, dans le processus de recherche du film, il avait déjà identifié des histoires captivantes qui lui causaient une grande inquiétude.

 

Cinq ans plus tard, il commença à contempler l'idée de traduire cet intérêt en une œuvre, mais la technologie nécessaire à sa réalisation n’était pas encore disponible. C'est après « Le Revenant » qu'il fit appel à Lubezki car il estimait que le temps était venu.

 

Ensemble, ils ont créé une œuvre qui, selon l'Académie d'Hollywood, « a ouvert de nouvelles portes à la perception cinématographique » et que « d'une manière viscéralement connectée aux réalités politiques et sociales brûlantes de la frontière entre le Mexique et les États-Unis ».

 

Par le passé, Iñárritu avait déjà clairement indiqué sa position contre le président américain, Donald Trump, qu'il accuse de propager des idéologies « sociopathes et fascistes ».

 

Mais il est clair que le Mexique doit aussi agir dans le drame de l'immigration. « Le Mexique ne cherche pas à comprendre les raisons profondes qui poussent des millions de personnes à fuir le pays ; cette population sans possibilité d'emploi, sans sécurité, menacée au quotidien par une misère brutale, l'injustice, l'impunité et la corruption ».

 

Iñárritu souhaite que son oeuvre contribuera à redonner à toutes ces personnes « la dignité et leur ouvrir à nouveau des portes jusqu'alors fermées. »

 

Quoiqu'il arrive, que ce soir par le cinéma ou la réalité virtuelle, son oeuvre demeurera toujours « subordonnée à l'émotion humaine. »

 

« Je veux servir l'honnêteté émotionnelle », conclut-il.

 

« Carne y Arena » est visible à la Fondation Prada à Milan et au Tlatelolco Mexico Museum, en plus du LACMA à Los Angeles (Californie).

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