Porno VR : Interview d’Hervé Bodilis, réalisateur chez Marc Dorcel

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Porno VR : Interview d’Hervé Bodilis, réalisateur chez Marc Dorcel
30 Octobre, 2016

Interview d’Hervé Bodilis, réalisateur chez Marc Dorcel, en charge des productions porno en réalité virtuelle.
 
Après avoir rencontré Ghislain Faribeault, vice-président média de chez Marc Dorcel qui a eu l’idée du premier film pornographique français en réalité virtuelle, nous souhaitions avoir un avis plus technique. Hervé Bodilis, réalisateur des deux productions VR de Marc Dorcel a accepté de nous recevoir cette semaine, pour nous parler de son expérience en tant que réalisateur du premier film pornographique estampillé Marc Dorcel. Il est revenu avec nous sur son parcours et sur le challenge que représente le tournage d’un film pornographique en réalité virtuelle.
 
La deuxième production VR de Marc Dorcel sortira bientôt et vous mettra dans le corps d’une femme. En attendant, si vous n’avez pas vu le premier film de la société, vous pouvez le télécharger à moitié prix en utilisant notre code promotionnel.

Bonjour. Pourriez-vous nous parler un peu de votre parcours en tant que réalisateur ? Qu’est-ce qui vous a mené vers la pornographie ?
 
Je suis entré dans le porno il y a très longtemps, comme spectateur. J’étais un adolescent boutonneux qui n’arrivait pas à approcher les filles. Le porno était donc fantastique pour moi, comme à peu près pour tout le monde à cet âge-là. J’ai donc découvert différentes sociétés, notamment Marc Dorcel, qui convenait à ce que je recherchais à l’époque. J’ai ensuite été photographe, je faisais des books comédiens. Un jour, une fille est arrivée et s’est mise nue pour que je la prenne en photos. Elle faisait des spectacles et était actrice porno. Elle a montré mes photos à des magazines, qui m’ont rappelé pour me proposer de travailler pour eux.
 
Je suis rentré dans le porno en tant que photographe, de charme et de plateau. C’était assez frustrant, car en tant que photographe de plateau, il faut composer avec l’univers qu’a mis en place le réalisateur. Je me disais qu’avec ces filles, ces décors, ces costumes, je pourrais faire bien mieux. J’ai été frustré pendant des années. A un moment, j’ai monté une boîte de production ce qui m’a permis de faire un peu de réalisation. C’est une longue histoire, mais il s’agissait au début de productions gays. On a ensuite fait des films hétérosexuels.
 
Un beau jour, mon téléphone a sonné. C’était la société Marc Dorcel qui voulait que je travaille avec eux. Au début je n’y croyais pas, je me disais « Mon Dieu, la légende m’appelle ! ». J’ai failli raccrocher. C’était vrai. J’ai commencé à travailler ici et cela fait maintenant 15 ans que je suis réalisateur chez le légendaire Marc Dorcel. Aujourd’hui, j’occupe le poste de directeur contenu / directeur artistique.
 
Était-ce votre choix de réaliser les productions Marc Dorcel en réalité virtuelle ?
 
Ce n’est pas moi, véritablement, qui m’intéresse aux nouvelles technologies. En tout cas pas à celle-ci. Pour moi, la réalité virtuelle est surtout un moyen de diffusion au travers d’un casque de réalité virtuelle. C’est plutôt Ghislain (Ghislain Faribeault) qui m’a convaincu, car il est très pointu au niveau des technologies. Moi qui aie l’habitude d’écrire avec une narration classique, je me suis demandé ce qu’on pouvait faire en 360.
 
Ghislain m’a donc mis un casque sur la tête. La fille que je voyais touchait la cuisse de l’acteur et j’avais l’impression qu’on me touchait vraiment la cuisse. Cette technologie est excitante, car elle permet quelque chose de fantastique l’immersion. La plus-value de cette technologie, outre le fait que ce soit agréable, pas agréable, nouveau, gadget ou pas gadget, ce qu’on recherche chez Marc Dorcel, c’est donner une émotion particulière au spectateur.
 
Chez Dorcel, nous ne faisons pas de gonzo, qui est un rapport sexuel simplifié, qui commence rapidement. Nous préférons raconter des histoires, avec des personnages, des préliminaires, des interdits, qu’on ne peut pas montrer dans un gonzo. Le gonzo, qui avait quelque chose de réel, car on laissait les filles s’éclater est devenu de la surenchère. Donc on a ajouté des rapports sexuels de plus en plus hard. Peu de filles aiment la double anal, mais cela se vend mieux, alors elles le font. On a perdu l’essence du gonzo, qui est de montrer du sexe réel. Avec la réalité virtuelle, on peut raconter des histoires.

Quelle est la différence entre tournage classique et un tournage en réalité virtuelle ?
 
C’est un gros bordel ! On est vraiment au début de la technologie, il y a donc beaucoup plus de contraintes. On découvre une façon de filmer, qui implique une écriture particulière. On a créé deux expériences pour l’instant. Une expérience dans le corps d’un homme, et une deuxième, qu’on vient de tourner, où vous êtes une femme entourée d’un couple. On se retrouve avec cette narration différente et les contraintes techniques qui vont avec.
 
Il faut gérer 14 GoPro, avec tous les inconvénients techniques que cela représente : les retours, les caméras, l’alimentation, etc. Tout est beaucoup plus compliqué techniquement, car il n’y a pas de caméra qui existe pour filmer tout en bloc. Il faut bidouiller lors de la production et de la postproduction. Si une des 14 GoPro s’éteint, il faut tout recommencer par exemple. Il ne faut pas passer d’une caméra à l’autre, ce que nous appelons les coutures.
 
Ensuite se pose la question de ce qu’on livre. Quel est le format idéal pour une scène de sexe en réalité virtuelle ? Pour ajouter encore à cette notion d’immersion, le son est très important, plus que dans un autre film. Ce qui est sûr, même si on est très content des résultats que nous avons obtenus, nous sommes encore une fois au tout début d’une technologie qui doit encore s’améliorer.
 
Et techniquement, comment filme-t-on un porno en réalité virtuelle ?
 
Il y a des contraintes. On ne peut pas le faire dans le noir donc il faut de bons éclairages. Il faut des pieds de lumière et, si ils apparaissent, il faut les gommer après. Ensuite, le réalisateur n’a pas à être là, il faut qu’il se cache. Il y a deux techniques. Soit on met un casque sur la tête de l’acteur. C’est très bien pour quelqu’un qui court ou autres, mais nous lui demandons des performances sexuelles. Être en érection avec un casque sur la tête composé de 14 GoPro, personnellement, je ne tenterais pas l’aventure. Je pense que les acteurs ne seraient pas très à l’aise avec un tel dispositif. On place donc l’installation juste au-dessus de la tête de l’acteur ou de l’actrice. On oublie son visage et on se retrouve dans son corps.

Pourriez-vous nous parler de votre prochaine production en réalité virtuelle ?
 
Normalement on doit la présenter au MIP. Les nouvelles technologies Dorcel ont toujours un grand succès sur ce genre de salons. L’expérience, c’est simplement une fille qui se fait bronzer. Il y a une femme et un homme dans la piscine. La première sort de l’eau, s’approche de la fille qui bronze et commence à lui faire un massage, à lui caresser le corps. L’homme les rejoint puis il se passe quelque chose entre tous les trois.
 
La difficulté qu’on a à l’écriture pour l’instant est que le corps dans lequel se passe l’expérience doit être immobile. Si vous êtes statiques, mais que la personne que vous incarnez se déplace, il y’aura une déconnexion, un décalage. Quand on tourne ce genre d’expérience, il s’agit d’artisanat. Cela demande de l’application, comme un artisan qui maîtrise sa technique et tous les paramètres. Notre but est d’avoir un produit de qualité, mais nous ne sommes pas encore à tourner des scènes sur un modèle économique. Nous souhaitons maîtriser cette technologie, de la connaître pour voir ce qu’on peut faire avec.
 
Même si vous n’étiez pas à l’origine de ce projet, le challenge d’une production en réalité virtuelle vous a-t-il plu ?
 
La réalité virtuelle prend son sens quand les images deviennent bluffantes. Il n’y a rien de bluffant ni lors de la production ni lors de la postproduction, c’est même plutôt le contraire. Mais quand tout cela s’assemble, il se passe quelque chose de magique. Lorsqu’on met le casque et qu’on visionne le produit finalisé et assemblé, on est bluffé.
 
Enfin, dernière question. La réalité virtuelle, nouveau mode de consommation ou simple catégorie sur les sites pornographiques ?
 
Je ne saurais absolument pas le dire. La réalité virtuelle ne pourra pas remplacer les films classiques avec leurs narrations classiques. La réalité virtuelle ne peut pas donner ce type d’émotions. Tant que la technologie n’atteindra pas ce niveau de narration cinématographique, elle ne pourra pas la remplacer. En revanche, le cinéma classique ne peut pas donner ce côté immersif. On assistera peut-être à quelque chose de nouveau. C’est une technologie à laquelle on donne toutes ces chances, mais c’est au consommateur de décider de la place qu’elle prendra dans sa vie. Nous proposons des choses, mais c’est finalement le consommateur qui détermine le succès d’un film ou d’une nouvelle technologie.

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