Le musée à l'ère numérique

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Le musée à l'ère numérique
30 Décembre, 2016
Depuis dix ans, le numérique bouleverse le monde de la culture et particulièrement le monde muséal. Protection, préservation, restauration des œuvres, il est aussi massivement utilisé comme outil de médiation culturelle
L'Histopad pour re visiter le patrimoine

Après le château de Chambord, celui de Fontainebleau, de Falaise, d’Épinal ou encore le Musée Grévin, c'est au tour de la Conciergerie, à Paris, d'adopter l'Histopad. Pour 6 euros 50, les visiteurs reçoivent une tablette qui leur donne l'illusion d'un voyage dans le temps. "On a trop l'habitude de voir des murs blancs dans les monuments. La tablette permet de restaurer une vérité historique : tous les murs étaient couverts de couleurs et de tapisseries. Ici, à la Conciergerie, la Tapisserie des neuf Preux couvrait toute la salle des banquets. L'Histopad permet de la rendre visible en 3D alors qu'elle est aujourd'hui conservée dans un musée américain." Laure Pressac, responsable du numérique au Centre des Monuments Nationaux. Avec la tablette, les visiteurs peuvent surtout voir la Conciergerie dans son parcours historique. En sons et en images, à 360°, ils se promènent dans les cuisines du XIVe siècle ou dans la cellule de Marie Antoinette, prise d’assaut par le public asiatique, et qui aujourd'hui est occupée par une Chapelle de la mémoire.

Surtout, l'Histopad permet de faire voir au public de très nombreuses salles et documents impossibles à montrer en 2D. Le tribunal révolutionnaire, par exemple, est aujourd'hui occupé par les locaux de la Cour de justice de Paris. La tablette permet de le voir en 3D. De la même manière, il serait impossible sans un écran tactile de montrer aux visiteurs les noms, les procès et les parcours des guillotinés de la Révolution. Il a fallu deux comités d'historiens pour refaire ce double parcours médiéval et révolutionnaire, et un budget numérique multiplié par dix depuis 2012 au Centre des Monuments Nationaux. Aujourd'hui, ce budget dépasse le million d'euros et d'autres projets sont en cours. Comme une rencontre virtuelle avec Georges Clemenceau dans sa maison natale de Saint-Vincent-sur-Jard. "C'est vrai que c'est très bien fait. On apprend des choses en s'amusant ! En même temps, c'est comme Pokemon Go. On joue, mais on regarde tout le temps l'écran et pas le monument, confie un visiteur âgé de 10 ans."

L'expérience the Enemy : réalité virtuelle pour dire la photo de guerre

Comment faire encore parler des photos de presse et surtout des photos de guerre dans un monde où l'image est tellement présente qu'elle n'est plus regardée ? C'est de cette question qu'est parti le photographe primé Karim Ben Khalifa. Pour permettre au spectateur de mieux prendre conscience ces guerres intergénérationnelles qui ensanglantent le monde, la photo ne suffit plus. Il lui faut quelque chose de plus immersif.

C'est ainsi qu'est né The Enemy. Une expérience en réalité virtuelle où le public est invité au moyen d'un casque et d'un ordinateur portable à déambuler dans une exposition virtuelle. Là, il pourra rencontrer les combattants photographiés et interviewés par le photographe Karim Ben Khalifa. "Face à face avec des hologrammes de combattants qui le regardent et lui parlent, le spectateur écoute et réfléchit sur la guerre. La photo n'est donc plus un spectacle mais une expérience ressentie et c'est ce qui attire un public de plus en plus sollicité." Chloé Jarry, productrice de Camera Lucida, qui avec France télévisions produit ce documentaire numérique.

Des outils qui ont leurs limites

C'est l'un des thèmes du 21ème salon des musées, le SITEM, qui se tient à Paris du 10 au 12 janvier. Les 150 exposants pourront débattre des limites et des dangers de cette médiation numérique et particulièrement de la question du regard sur l'oeuvre d'art, qu'explique Ondine Prouvost, commissaire du Sitem :

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