Laplikili fait entrer la réalité augmentée dans les livres pour enfants

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Laplikili fait entrer la réalité augmentée dans les livres pour enfants
23 Avril, 2017

Christina Lumineau, Niçoise, a fait germer une belle idée : animer, en réalité augmentée, des ouvrages destinés aux enfants. Avec son associé, elle monte sa maison d'édition

Il y a un panda, une fusée, le système solaire. C'est féerique. C'est pédagogique. Et, en prime, ça s'anime. Si Ulysse et le grimoire de l'univers est le fruit de l'union de plusieurs talents, l'idée de rendre vivant un ouvrage papier est né d'un seul et même esprit créatif. Celui de Christina Lumineau, 27 ans. Niçoise jusqu'au bout du stylet et artiste… au moins jusqu'à la fin de ce premier projet.

Parce que l'objectif c'est, quand même, d'être à la tête d'une maison d'édition pas comme les autres : Laplikili. D'une maison qui avait besoin d'un attrayant produit d'appel, pour lequel elle s'investit complètement depuis un an, en usant notamment de ses compétences de graphiste.

Des images, une histoire, plein de petits détails… et un smartphone ou une tablette - équipés de l'application Laplikili - qui se promène sur la page. La magie s'invite alors à la pause lecture. Les oiseaux se mettent à chanter, les éléments frissonnent, des objets apparaissent et, très naturellement, le bambin pose son doigt sur l'écran… il déplace les choses, en dévoile d'autres, participe à l'aventure avec Ulysse et ses yeux ronds.

ALLIER PAPIER ET NUMÉRIQUE

Christina a imaginé ce projet alors qu'elle suivait un master Édition et création numérique, à l'université Paris-VIII. « Mes profs étaient géniaux. Ils m'ont vraiment poussée. » Elle trouve sa voie. Après un parcours scolaire bigarré.

Du bac - à 15 ans ! - à la fac d'informatique de Nice. De son année préparatoire à villa Thiole, à l'école de design de Saint-Étienne (Loire) - quatre années pendant lesquelles elle se destine à dessiner des objets, jusqu'à se rendre compte qu'elle aime, en fait, la 2D. Et retour à Nice. « J'ai travaillé un an… à l'aéroport. Je n'ai jamais eu d'idée précise de ce que je voulais faire. Même si j'avais déjà orienté mon diplôme, à Saint-Étienne, vers le numérique. »

La proposition de Paris-VIII lui colle à la peau. Elle file à nouveau.

« Comment allier le papier et le numérique ? C'était ma question. Les éditeurs sont parfois un peu dinosaures et peinent à innover. Ce qui fait que même lorsqu'on a le produit, on a du mal à le diffuser. C'est là que j'ai pensé à monter une maison d'édition. J'ai eu deux ans pour développer mon idée. » Au sortir de ses études, elle remporte le concours Paris&Co et obtient 5 000 euros de bourse et six mois dans un incubateur. Plongée dans l'univers de la start-up et de l'édition, elle bénéficie également d'un « programme d'accélération » qui jure que le premier client tombe en cinq mois…

« Ça a fonctionné. La première pré-commande du livre est arrivée il y a un an ! Depuis, on peut dire que les clients se montrent très patients ! C'est vrai que monter une boîte tout en créant un livre, ce n'est pas évident. Ça demande beaucoup de temps. »

L'ouvrage sera bouclé en juin. La jeune femme a du renfort. Yohann Reversat, 28 ans, son compagnon - ex-ingénieur en électronique chez Renault -, a participé aux premiers travaux… avant de finir par tout larguer et se dédier exclusivement au rêve de Christina. Il est devenu développeur et s'est officiellement associé. « Il a une formation d'ingénieur, il a une logique… mais il a tout appris sur le tas. C'est un autodidacte. »

Vicky Lumineau, la maman, institutrice de CE1 à Fuon-Cauda, a mis à profit sa plume et sa pédagogie. « Elle écrit déjà beaucoup mais elle n'a jamais cherché à être éditée. Elle a écrit toute l'histoire mais, surtout, elle nous conseille, elle teste, elle est notre mentor… » Elle est, avec le papa, leur première fan. De ceux qui ont ouvert les portes de leurs classes au duo, en février. Christina raconte : « Nous menons beaucoup d'ateliers en région parisienne, où nous vivons. Dans les médiathèques, les écoles. Et nous avons pu aller présenter le projet à Fuon-Cauda ainsi qu'à l'école Saint-Sylvestre, à Nice. »

Un grand bonheur… pour le contact, l'interaction. Parce que l'objectif c'est aussi de retrouver un peu les joies de la vie en province. « À Nice ou à Bordeaux, la ville de Yohan. On ne sait pas encore. Mais l'idée, c'est, à un moment donné, de retrouver nos racines. » Dès que la boîte tourne. « On se donne un an. »

UNE CAMPAGNE DE CROWDFUNDING

Un an pour bousculer les traditionalistes, les amoureux transis de l'encre et du papier. Un an pour inscrire leur ligne : « On pense que les enfants doivent être sensibilisés à l'environnement, au monde qui les entoure. Qu'ils doivent prendre conscience du rôle qu'ils peuvent y jouer. » Les auteurs et illustrateurs qui souhaitent travailler avec Laplikili devront avoir ça en tête. Parce que « le numérique ne doit pas juste être un gadget ». Ce n'est pas un truc rigolo avec lequel on s'amuse. Mais un outil.

« Le premier livre s'adresse aux 6-10 ans mais il n'est pas exclu qu'il y ait des propositions pour les plus petits, comme pour les ados. » Les offres arrivent très doucement. L'heure est surtout au bouclage d'Ulysse et le grimoire de l'univers… et à son financement. La campagne de crowdfunding, lancée sur Ulule, a atteint son objectif mais tous les coups de pouce restent bons à prendre. « Il nous faut 4 000 euros rien que pour l'impression… », glisse la Niçoise.

Puis il faut communiquer, trouver des distributeurs - « On se débrouille, on va taper aux portes… On est jugés trop jeunes et trop peu expérimentés pour intégrer les réseaux de distribution » -, payer la licence de la technologie de reconnaissance d'image, faire tourner l'entreprise… et vivre. À deux.

Ils ont le talent, l'envie et l'énergie. Mais ils sont sages. Alors ils donnent tout… mais toujours dans un cadre raisonnable.

Rendez-vous dans un an, donc… à Nanterre, Bordeaux ou - mieux ! - en capitale azuréenne. Et toujours avec Laplikili.

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