La réalité virtuelle en 5 films VR

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La réalité virtuelle en 5 films VR
28 Décembre, 2017

Alors qu’on apprend que le dernier film de Wes Anderson, L’Île aux chiens, verra son univers projeté en réalité virtuelle à Sundance et que bientôt sortira Ready Player One de Spielberg sur le sujet, on a voulu faire un petit tour (à 360 degrés) sur l’état de cette VR qu’on connaît beaucoup à travers ce qu'en disent les films, mais qu’on n’a que peu pratiqué nous-mêmes. 

 

On n’arrête pas la marche imperturbable du progrès. On l’oublie parfois depuis Méliès, mais le cinéma nous rappelle toujours qu’il a été un art forain, un art nomade. Tout de même, on a longtemps cantonné ses gadgets et ses innovations techniques à des établissements spécialisés, loin de la civilisation, perdus sur des plaines isolées, au Futuroscope ou à Disneyland. Il est toujours revenu par la grande porte. Ainsi, la 3D a tout juste fini de se banaliser, désertant ses parcs d’attractions, que déjà la 4DX, avec fauteuils sur vérins hydrauliques et Odorama, émerge dans quelques salles (avec des bonheurs certes divers).

 

Si Soderbergh de son côté ne croit pas à la prérénité de la réalité virtuelle, du moins au cinéma, d'autres réalisateurs misent déjà dessus, comme Kathryn Bigelow, Ridley Scott ou Alejandro González Iñárritu, entre autres. Faisant fi du « quatrième mur » séparant le spectateur et l’œuvre, la VR baigne littéralement le porteur de lunettes dans le film, sans hors-champ, laissant le regard décider du plan dans un monde sans borne. Pour le moment, l’expérience cinématographique est presque inaccessible aux communs des mortels, la production étant encore marginale et le matériel soit cher, soit pas vraiment au point. Au bénéfice d’évènements dédiés ou de festivals, quelques personnes ont toutefois pu se frotter à cette pratique nouvelle dans les meilleures conditions.

 

Retour en 5 films sur ce qui sera peut-être le berceau du cinéma de demain :

 

Carne y Arena​

C’est sans doute Iñárritu qui a frappé le plus grand coup, avec Carne y Arena présenté hors compétition au dernier festival de Cannes. Non pas qu’il fut le premier, mais en faisant entrer ce qui était encore un gadget dans le Saint des saints, il a pour ainsi dire apporté ses lettres de noblesse à une réalité virtuelle encore regardée par beaucoup du coin de l’œil.

 

D’autant que l’intronisation s’est accompagnée d’un accueil pour le moins enthousiaste : de l’avis des rares élus, l’expérience, qui plonge le public aux côtés de migrants mexicains, est indéniablement marquante, à tel point que certains en sont ressortis en larmes. Ballotés par des militaires, le fusil sur la tempe, les spectateurs ont peut-être vécu ici un moment charnière du cinéma, comme en leur temps ceux qui virent pour la première fois L'Arrivée d'un train en gare de la Ciotat

 

Le film sera par ailleurs récompensé d’un prix spécial « en reconnaissance de sa puissance visionnaire et narrative » aux prochains Oscars. Un pied dans la réalité.

 

Sergent James

L’immersion est une chose, mais quand il s’agit de figurer la tension dans un genre qui repose presque exclusivement sur le hors champ, c’est toute une grammaire cinématographique à revoir. Ainsi, pour le cinéma fantastique/d'horreur, des merveilles de narration sont à inventer : détourner l'attention autrement pour surprendre, jouer avec la lumière tour-à-tour pour rendre visible et pour cacher ou comme dans Sergent James, court-métrage d’animation présenté à Tribeca, assigner un poste d'observation au spectateur pour circonscrire son regard.

 

C’est toute l'idée du réalisateur Alexandre Perez : plutôt que de filmer l'enfant effrayé par ce qui se cache sous son lit, il a préféré installer sa caméra en-dessous, plaçant le spectateur dans le rôle du monstre, en observateur.

 

Grâce à cette ruse, le cadre du lit impose un cadre cinématographique duquel peuvent apparaître et sortir tout ce qui servira le récit. Voici un exemple de piste sur les tenants d’une narration à l’état encore embryonnaire. Car si le matériel de qualité et les bons réalisateurs existent, reste encore à savoir comment filmer dans toutes les directions, en même temps. 

 

Jésus

Vous vous dites que Noël a frappé un peu fort, mais le premier long-métrage entièrement tourné dans ce format-là (également présenté en festival, à la Mostra de Venise) vous permet de compatir au sort du Christ sur sa croix ou de lui tourner le dos le plus inélégamment du monde. Jesus VR : The Story of Christ, c’est son nom, n’a pas laissé un souvenir impérissable, mais aura au moins eu le mérite de lancer le genre dans la grande Babylone du long-métrage. 

 

L’Île aux chiens

Pour finir, peut-être faut-il se tourner vers l’avenir avec deux projets qu’on attend avec curiosité. Le premier, dont nous parlions en début d’article, concerne Wes Anderson et son Île aux chiens. Encore une fois et comme c’est souvent le cas, la VR ne concernera pas le film lui-même, mais un univers hérité. La proposition ne semble pas dénoter avec le ton décalé du réalisateur puisqu’il s’agira de se retrouver face aux acteurs en pleine interview. Qui pour mémoire sont des chiens.

 

Le plus fou sera sans doute de voir l’équipe se démener à créer l’animation que le spectateur est lui-même en train de contempler (ou de vivre, c’est tout ce qui fait le sel du propos). Ce récit en poupées gigognes rappellera d’autres films mais l’idée semble si bien se fondre avec le vertige et l’ambiguïté de la réalité virtuelle qu’on en salive d’avance.

 

Top Gun

Subsiste tout de même une question : que deviendra l’expérience collective d’une salle de cinéma ? Devons-nous imaginer des hangars gigantesques où le porteur de lunettes pourra déambuler sans se cogner à son voisin ? Ou la VR signe-t-elle la fin de ce moment convivial entre inconnus ?

 

La Paramount a peut-être trouvé la parade, puisqu’elle va proposer une expérience inédite : ce n’est pas le film lui-même qui sera en réalité virtuelle, mais la salle de cinéma. Elle va en effet proposer dès demain à tous les possesseurs de lunettes VR une « projection » de Top Gun à heure fixe, gratuitement. En se connectant à l’application Bigscreen, le spectateur (américain, seulement) aura la sensation de se retrouver dans la salle devant un grand écran et pourra chatter avec son avatar de besta, comme s’ils étaient assis l’un à côté de l’autre (ce que ne renieraient surement pas Tom Cruise et Val Kilmer…). Heureusement, l’application ne permet pas encore de manger de pop-corn.

 

Ces quelques exemples donnent une petite idée de ce que sera peut-être la réalité virtuelle, mais beaucoup de questions demeurent.

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