Greta & Starks: le cinéma accessible

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Greta & Starks: le cinéma accessible
30 Mars, 2018

Greta et Starks : Le cinéma accessible où et quand vous le souhaitez

Rencontre avec Robin Salomon, responsable France des applications Greta & Starks pour rendre le cinéma accessible.

 

Greta et Starks qu’est-ce que c’est ?

C’est une start-up allemande qui a été créée en 2013 dans le but de rendre le cinéma accessible aux spectateurs aveugles et sourds. Et ce par le biais de deux applications – Greta et Starks – grâce à une technologie de reconnaissance de la piste sonore du film. Le but premier est vraiment d’amener tout le monde au cinéma.

 

Que permettent ces applications ?

À partir d’un film on crée une empreinte acoustique que les applications pourront reconnaître. C’est un peu le même principe que l’application Shazam, qui va reconnaître l’artiste et la chanson lorsqu’on lui fait écouter une musique. Avec Greta et Starks, chaque personne avec son propre smartphone, va pouvoir de manière autonome et indépendante aller au cinéma, et ensuite soit écouter une audiodescription, soit lire des sous-titres. Ces applications sont totalement gratuites, aussi bien pour les télécharger que pour télécharger des audiodescriptions et des sous-titres. Cela permet donc de rendre le cinéma accessible beaucoup plus facilement.

 

L’application Greta s’adresse aux personnes aveugles et malvoyantes. L’application Starks s’adresse aux personnes sourdes et malentendantes. Pour certains films, nous proposons également des sous-titres en langues étrangères, ce qui peut être utile aux personnes ne parlant pas couramment la langue du pays où elles se trouvent au moment du visionnage.

 

Comment ça marche concrètement pour l’utilisateur ?

À partir du moment où l’utilisateur a téléchargé l’application, il se crée un compte. Il s’identifie et accède au catalogue de films. Il fait son choix de film et télécharge soit l’audiodescription, soit les sous-titres. Dès lors qu’ils sont téléchargés, ils restent disponibles pendant sept jours sur l’application. C’est-à-dire que durant ces sept jours, ils seront accessibles même sans connexion internet. Cela signifie que le téléphone peut aussi être mis en mode avion pendant la séance.

 

Lorsque l’utilisateur arrive dans la salle de cinéma. Il s’installe, ouvre l’application et lance le fichier (audiodescription ou sous-titre). À ce moment-là, l’application écoute le son du film pour se synchroniser et faire que l’écoute ou la lecture coïncident parfaitement. La synchronisation prend entre cinq et dix secondes, sachant que les applications sont bien sûr accessibles, ayant été développées pour un public en situation de handicap visuel ou auditif.

 

Elles sont compatibles avec les logiciels de Voice over, et pour une personne aveugle qui va utiliser Greta, un petit signal sonore se fera entendre lors du chargement de l’application et de la synchronisation, avec un bip indiquant la réussite. Une fois la synchronisation effectuée, on met le portable dans une poche et il n’y a plus rien à faire si ce n’est profiter du film.

 

Nous avons un catalogue de films accessibles via les deux applications. L’utilisateur trouve toutes les informations utiles sur chaque appli. Il n’a pas besoin d’aller voir sur internet quel film est audiodécrit, quelle salle de cinéma est équipée… Dès lors que le film est référencé dans le catalogue des applications Greta et Starks, le spectateur peut se rendre dans toutes les salles de cinéma qui le diffusent. Il peut également en profiter devant un dvd ou un Blu-ray, puisque les applications ont seulement besoin du son du film.

 

L’un des avantages est que l’écoute de l’audiodescription se fait de manière individuelle, ce qui est plus commode lorsque des personnes regardent un film en famille et que seulement l’une d’elle a besoin de l’audiodescription. Elle peut ainsi en profiter en utilisant un casque individuel relié à son smartphone.

 

Il est également possible de lancer la synchronisation du film au milieu, par exemple si l’on arrive en retard ou si l’on reprend un dvd dont on a déjà regardé le début.

 

Cela évite le stress d’aller demander au guichet, de se renseigner à l’avance, d’aller demander un matériel qui ne sera peut-être pas disponible, de respecter des plages horaires réduites…

 

Comment ça se passe du côté des distributeurs de films ?

Nous négocions avec les distributeurs de films pour qu’ils nous donnent accès aux audiodescriptions et sous-titres qu’ils ont eux-mêmes commandés ou produits. Ce sont les mêmes informations que celles qui sont diffusées au cinéma ou sur les dvd. Nous ne produisons pas le contenu, nous sommes simplement un relais.

 

C’est important car cela conserve la qualité professionnelle des audiodescriptions et sous-titres, qui seront exactement les mêmes que dans une salle équipée ou une séance rendue accessible.
Ce sont les distributeurs de films qui décident quels films ils souhaitent diffuser sur l’application. Cela leur permet de développer leur audience.

 

À quelle échelle se développe le concept de Greta et Starks ?

Nous avons débuté en Allemagne en 2013, ainsi qu’en Autriche et en Suisse germanophone. Nous sommes actifs en France et en Suisse romande depuis début 2017. Nous allons commencer bientôt en Belgique. Par ailleurs, nous venons de traduire l’application en coréen et nous sommes en contact avec des associations de personnes aveugles de Corée qui sont intéressées. Nous prévoyons également une traduction en hébreu et en portugais.

 

L’application est aussi déjà traduite en anglais bien qu’il n’y ait pas encore de films proposés dans cette langue. Notre ambition est vraiment de développer nos applications dans un maximum de pays, pour que le cinéma devienne beaucoup plus accessible sur une échelle globale.

 

Où en êtes-vous concernant le développement en France ?

Nous avons commencé à développer nos applications en France en 2017, ce qui fait que le catalogue est encore limité : il compte une vingtaine de films. Nous développons des partenariats pour l’alimenter. Le dernier en date a été conclu avec Disney, ce qui fait que tous les films Disney sortiront sur nos applications dès cette année 2018, soit un film par mois environ.

Cela marche beaucoup par partenariat car généralement les distributeurs sont assez peu au courant ou se sentent peu concernés par les questions d’accessibilité. Parmi les différents systèmes existants, celui-ci est particulier puisqu’il rend l’écoute de l’audiodescription et la lecture des sous-titres indépendante du DCP – support utilisé par les cinémas pour diffuser un film. Il faut donc un certain temps pour qu’ils comprennent son intérêt et l’adoptent. Souvent ils essayent avec un film et signent ensuite le partenariat – ce qui a été le cas de Disney.

 

En ce moment nous sommes en dialogue avec le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée) puisque les distributeurs peuvent obtenir des subventions pour rendre leurs films plus accessibles. Nous sommes également en dialogue avec des personnes du Pathé, qui trouvent la solution très intéressante et réfléchissent à la manière de la mettre en place. C’est donc en train de s’enclencher de plus en plus et nous sommes très positifs. D’autant plus qu’un distributeur en encourage un autre et ainsi de suite.

 

Et en Allemagne ?

En Allemagne, où l’on a commencé a développé Greta et Starks en 2013, on est beaucoup mieux intégrés au monde du cinéma accessible avec entre 120 et 150 films qui sortent tous les ans sur nos deux applications. La quasi-totalité des films audiodécrits sont disponibles sur nos applications. Ceci dit, il y a moins de films audiodécrits en Allemagne qu’en France.

 

En France, pour rendre le cinéma accessible, les distributeurs ont fait l’effort de manière assez conséquente d’audiodécrire ou sous-titrer leurs films de manière presque automatique. Sur les films distribués de moyenne à grande échelle, environ 80% sont audiodécrits. Le problème c’est que les cinémas ne sont pas forcément à la page. Les distributeurs commandent cette audiodescription parce que c’est dans la loi et parce qu’ils anticipent sur la sortie dvd. Ils considèrent avoir fait leur travail et qu’après cela c’est aussi aux cinémas de s’équiper. En résumé les sous-titres existent la plupart du temps mais sont très peu utilisés au cinéma. D’où l’intérêt de Greta et Starks qui ne demandent pas d’équipement particulier.

 

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

Nous développons actuellement un casque à réalité augmentée pour permettre une lecture des sous-titres plus confortable. Jusqu’à présent leur lecture se fait sur le smartphone, mais c’est une solution transitoire en attendant la sortie de ce casque, car on est bien conscients que ce n’est pas très pratique de devoir jongler sans cesse entre le portable et l’écran du cinéma.

 

Ce casque se connecte à l’application Starks, il est équipé d’une petite fenêtre qui vient se positionner devant l’œil – une sorte de Google glass – et où défilent les sous-titres. Ceux-ci apparaissent sur la surface verticale qui se trouve devant l’utilisateur, donc le mur s’il est chez lui et l’écran s’il est au cinéma. Nous espérons commercialiser ce casque d’ici à l’été prochain.

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