Entretien avec le jury du VR Arles Festival

Category: 
Entretien avec le jury du VR Arles Festival
09 Juillet, 2017
À gauche, Vincent Perez, acteur et membre du jury, au centre Benoît Baume, directeur du VR Arles Festival et à droite le réalisateur Michel Hazanavicius. PHOTOS VALÉRIE FARINE

 

C’était le rêve de beaucoup d’enfants dans les années 80-90. Qu’il s’agisse de jeux-vidéo ou de cinéma, l’idée d’une réalité virtuelle (VR) a toujours fasciné. Au fil des progrès technologiques, le rêve a pris forme. Que ce soit sous la forme du documentaire, du court ou du moyen-métrage, les contenus se multiplient. D’où l’idée portée par Benoît Baume de développer un festival autour de ce nouveau format. L’idée novatrice étant de ne pas se contenter d’un simple jugement se bornant à l’aspect technique, mais de privilégier pour la première fois le point de vue artistique de la VR. Cette année, le président de ce festival n’est autre que le réalisateur oscarisé Michel Hazanavicius. Il est accompagné dans le jury par l’acteur Vincent Perez. Rencontre.

 

Vous venez de visualiser l'ensemble des 20 films présentés au festival. Quelle est votre première réaction ?

Michel Hazanavicius : Je ne suis pas du tout spécialiste, je découvre un peu le truc. Quand j'ai reçu le casque et que j'ai regardé pour la première fois "Le cirque du soleil", ça s'est un peu apparenté à l'arrivée du train en gare de La Ciotat, il y a un truc vraiment physique. L'univers est de plus en plus proche de la réalité. À titre personnel, j'ai été plus sensible aux images où l'on sentait que des auteurs "plus traditionnels" avaient travaillé dessus. C'est-à-dire des films où l'on travaille un peu sur l'empathie et pas que sur le sensoriel.

Vincent Pérez : Pour ma part, j'étais déjà jury l'an dernier et j'avais découvert d'un bloc une vingtaine de films, dont certains étaient très impressionnants. Je ne suis pas novice en la matière, d'autant plus que j'avais déjà pu échanger avec des experts lors du dernier festival.

 

Cela peut-il vous inspirer pour le futur ?

V.P. : J'y pense pour mon prochain film que je suis en train de développer en ce moment. Il se prêterait plutôt bien à la réalité virtuelle. L'idée, ce serait de faire le long-métrage classique et puis de faire une version en réalité virtuelle, car tout le film se passe dans le même lieu, sur un petit voilier. C'est dans ma tête et j'en ai déjà parlé à mes producteurs. Je ne sais pas si ce sera une version court-métrage mais en tout cas, ça donne envie d'essayer.

M.H. : Là, tout de suite pas vraiment. Je travaille sur des trucs plus traditionnels qui sont l'empathie, l'identification... Je fais plutôt de la comédie. Après, je prendrais ça plutôt comme un exercice car je ne pourrais pas le greffer à mes idées traditionnelles. Ce serait plus, à un moment donné, essayer quelque chose de nouveau.

 

Sur quels critères allez-vous vous baser pour juger ces films (*) ?

M.H. : On va tous venir avec nos bagages puis on va échanger et confronter nos vues. À titre personnel, il y a des choses qui m'ont vraiment plu et d'autres où je n'ai pas ressenti grand-chose... Mais on va en parler.

V.P. : L'an passé, des films ne m'avaient pas vraiment emballé et puis on en avait énormément parlé lors des délibérations... Ces discussions m'avaient permis d'ouvrir quelques champs de réflexion et j'ai changé d'avis sur certains métrages.

 

Est-ce vraiment différent du cinéma "traditionnel", notamment dans le jeu d'acteur ?

M.H. : Je dirais que ça s'apparente un peu à du théâtre. Il y a également des similitudes avec le cinéma... Dans mon dernier film (**) par exemple, j'ai fait des longs plans séquence. Dans ce cas-là, vous lâchez à un moment donné la responsabilité du plan à l'acteur.

V.P. : Pour l'acteur, c'est formidable de pouvoir avoir un espace-temps certain pour lui. Ça rejoint le théâtre. Une fois qu'on est sur le plateau, on y va et on déroule, on explore.

 

Pensez-vous que la VR puisse mettre en danger un jour le schéma de production, de financement et de diffusion du cinéma tel qu'on le connaît aujourd'hui ?

V.P. : Déjà, il existe une très grande différence : le cinéma est fait pour être vu en groupe. On se partage les émotions, ça passe dans le public... C'est quelque chose que la VR, pour l'instant, n'apporte pas. Ce sont deux expériences différentes.

 

M.H. : Je rejoins Vincent, je ne pense pas du tout que les choses se cannibalisent. Je crois que depuis que le cinéma existe, on prédit sa mort avec la télé, les séries... Je pense au contraire que la cinéphilie nourrit la cinéphilie. Concernant la VR, j'ai l'impression que ça va être un truc à part entière. Je vois bien des documentaristes, scientifiques, artistes s'en emparer, mais je ne vois pas du tout le truc réservé à des gens du cinéma.

 

(*) L'interview a été réalisée la veille des délibérations. 
(**) Michel Hazanavicius viendra présenter son film "Le Redoutable" en avant-première à Arles lors des Rencontres cinématographiques le 24 juillet prochain.

 

50 000 personnes attendues pendant l'été

 

Sombre et intimiste, une salle permet au spectateur de profiter au mieux de l'expérience qu'est la réalité virtuelle.

 

L'an dernier, tout s'était fait très vite. "Même si tout s'est bien passé, c'est vrai qu'on avait un peu manqué de temps dans l'organisation", avoue Benoît Baume, directeur du VR Arles Festival. Ce festival de réalité virtuelle, conçu pour découvrir le cinéma, le documentaire et la création artistique à 360°, plonge toujours le spectateur au coeur des meilleures productions mondiales de ce nouveau secteur. Mais là ou l'introduction à ce nouveau support n'avait duré qu'une semaine l'an dernier, les spectateurs pourront découvrir la vingtaine de métrages jusqu'au 31 août pour cette nouvelle édition. Toujours au couvent Saint-Césaire et par le biais de 25 casques à la pointe de la technologie.

 

"On a une sélection qui représente à peu près ce qui se fait de mieux aujourd'hui et qu'on est allé chercher partout dans le monde. Le niveau est meilleur que celui de l'année dernière et j'espère que ce sera d'un moins bon niveau que celui de l'année prochaine", indique Benoît Baume.

 

Le jury de personnalités du cinéma, de la photographie et de la réalité virtuelle a, cette année, décerné le prix du meilleur film de la sélection (doté de 10 000€) à "Miyubi", de Félix Lajeunesse et Paul Raphaël. Ce moyen-métrage de 40 minutes met le spectateur dans la peau d'un robot japonais offert à un garçon le jour de son anniversaire. C'est la plus longue création artistique en réalité virtuelle qui a été réalisée à ce jour.

 

Les spectateurs peuvent découvrir l'ensemble des productions jusqu'au 31 août, tous les jours de 10 h à 19 h 30 au couvent Saint-Césaire. Tarif : 8€.

A voir aussi

VRrOOm Wechat