Le futur du son ? C’est la 3D !

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Le futur du son ? C’est la 3D !
20 Avril, 2018

Lâchez votre casque bluetooth. Le futur du son, c’est la 3D. Explications avec Daniel Sennheiser, CEO de la marque du même nom.

 

Il y a quarante ans, le casque audio était un objet bourgeois, rangé près de la chaîne hi-fi. On le sortait de son coffret en bois à l’heure du whisky pour écouter Brahms, John Coltrane, Led Zeppelin. Aujourd’hui, c’est un objet pour tous, ou plutôt pour chacun, chargé d’affect ou de technologie, c’est selon. Il en existe en polymère rouge, en cuir vintage, mais aussi en bois clair, en métal brossé, discret, pliable, avec ou sans fils.

 

Et si, au moment où la musique a perdu ses câbles, le casque audio nous faisait entrer dans une nouvelle ère sonore ? C’est ce que nous explique Daniel Sennheiser (à gauche sur la photo), co-CEO avec son frère Andreas de la marque allemande Sennheiser, inventeur du premier exemplaire du genre. 

Sennheiser a sorti le premier casque audio, le HD414, en 1968, qui reste une référence. Une entreprise allemande qui perdure au milieu des géants asiatiques, c’est rare. Comment avez-vous fait ?

Notre histoire remonte à 1945, juste après la Seconde Guerre mondiale. Mon grand-père, Fritz Sennheiser, qui était scientifique, a d’abord créé l’entreprise Labor W, spécialisée dans la conception de microphones, avant
de changer de nom.

 

Ensuite mon père a pris la relève. Septante-deux ans après sa création, Sennheiser est resté une entreprise familiale, loin des grands groupes, par souci d’autonomie. Aujourd’hui, mon frère et moi partageons la même mission que notre grand- père : créer le futur de l’audio.

 

Depuis l’apparition du walkman, la musique s’écoute n’importe où...

La légende veut qu’Akiro Morita, P.D.G. de Sony, ait inventé l’appareil en jouant au golf. Mais la vérité c’est que Sony, qu’on ne connaissait pas dans les années 1970, a acheté notre brevet. Trois ans plus tard, on a réalisé pourquoi. Avec le walkman, il s’est vendu plus de casques qu’on ne l’aurait jamais imaginé. Ils n’avaient pas la meilleure des qualités, mais ils rendaient au moins la musique transportable. 

 

Vous investissez près de 47 millions d’euros par an en recherches et développement. Quelles sont les innovations que vous portez à présent ?

Nous sommes à l’aube d’une révolution semblable au passage du mono à la stéréo. Le prochain grand pari, c’est le son 3D. Nous venons de commercialiser des écouteurs avec un son immersif, basé sur la technologie que nous appelons Ambeo. C’est pour nous le futur de l’audio. Grâce à cette technique, le son va désormais complètement nous envelopper.

 

Mais le son 3D existe depuis les années 1970 ! Pourquoi cette technologie n’éclôt-elle que maintenant ? 

Entre l’invention et les vraies premières utilisations, il y a toujours un temps de décalage. Par exemple, le passage du mono à la stéréo a pris 30 ans. Aujourd’hui, plus personne n’aime écouter en mono. Ça va être la même chose avec le son immersif. Dans cinq ans environ, le grand public l’aura adopté. Mais si on se replonge dans l’Histoire, c’est vrai : la technologie existe depuis longtemps.

 

Nous avons commercialisé notre premier microphone “binaural” (capable d’enregistrer en 3D, ndlr) en 1970 sous la marque Neumann. Mais c’est resté un produit de niche, difficilement accessible... Aujourd’hui, avec l’essor de la réalité virtuelle et des casques de réalité mixte, l’image devient presque Expo Pink Floyd à Londres. Une vraie sensation de live... palpable. Alors, pourquoi ne pas donner les mêmes sensations au son ? L’expérience avec un son capté à 360o est impressionnante, parce qu’elle permet de simuler l’espace.

 

Les studios d’enregistrement et l’industrie du disque sont-ils prêts à passer le cap ?

Entendons-nous bien : il est possible de traiter du son stéréo ou surround pour obtenir un “effet 3D”, mais pour le rendu le plus pur possible, il faut adapter tout le processus. Dès l’enregistrement en studio. En ce sens, le son 3D n’est pas qu’un défi technique, c’est aussi une nouvelle manière de penser le son.

 

Par exemple, pour l’exposition anniversaire des 50 ans de Pink Floyd, en 2017, nous avons créé une salle Ambeo au Victoria and Albert Museum de Londres. Une salle dans laquelle une centaine de personnes pouvait vivre un des derniers concerts du groupe en 3 D.Il s’agissait d’un concert

 

réalisé en 2008, mais avec notre technologie et 25 enceintes, cela donnait vraiment l’impression du direct. Nous avons aussi expérimenté une série de 20 concerts live en Ambeo 3D dans le légendaire jazz club Moods à Zurich... Ces concerts sont aussi retransmis en streaming 3D. C’est ça aussi le but de l’Ambeo : ne plus pouvoir distinguer s’il s’agit d’un son live — comme on l’entend à l’oreille, dans la rue — ou d’un enregistrement. 

 

360° dans les oreilles

Premier à se lancer sur le marché du “binaural” grand public, Sennheiser sort un casque rempli de nouvelles sensations. L’Ambeo Smart Headset ne se contente pas de diffuser de la musique.

 

Il se transforme en micros capables de capter le son exactement comme le font les tympans, pour un résultat totalement immersif. Casque sur les oreilles, on se surprend à chercher du regard le scooter qui file sur la droite ou à sentir des pas se rapprocher dans notre dos. L’illusion est parfaite. Pour le reste, l’Ambeo est un casque nomade tout à fait conventionnel.

 

Avec une belle définition, une isolation active du bruit (on/off) et plusieurs niveaux de “transparent hearing” (soit l’écoute des sons ambiants). Novateur et enveloppant.

 

299 €. Disponible en version iOS et bientôt pour Android. www.sennheiser.com 

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