Le Figaro teste Hololens

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Le Figaro teste Hololens
17 Octobre, 2016
Le Figaro a pu tester le casque de réalité augmentée de Microsoft, qui mêle hologrammes virtuels et monde réel. Nos premières impressions, entre maux de tête et prouesses technologiques.

«Est-ce que vous voyez une montre?» Je plisse les yeux, mais je ne vois pas de montre. Un employé de Microsoft s'affaire autour de mon visage. L'entreprise américaine m'a invitée à essayer l'Hololens, son casque de réalité augmenté. Dévoilé l'année dernière, l'appareil entend mixer réel et virtuel, à l'aide d'un système d'hologrammes projetés sur des lunettes teintées. Me voilà donc équipée de plus de 500 grammes de technologies de pointe. On m'informe que je dois voir une (fausse) montre suisse posée sur une (vraie) table. Pour le moment, je ressens surtout un début de migraine. «Et là, c'est mieux?» s'enquiert mon hôte. Je secoue la tête. Le casque glisse piteusement sur mon nez.
L'HoloLens est la dernière tentative en date de créer les «lunettes du futur». D'autres géants des nouvelles technologies s'y sont frottés avant Microsoft, avec plus ou moins de succès. Google a présenté en 2012 ses Google Glass, des branches de lunettes connectées, tactiles et surmontées d'un petit écran. Après beaucoup d'attentes, l'appareil a finalement déçu les journalistes et les développeurs. Les Google Glass étaient laides et surtout peu pratiques. Tout aussi disgracieux, l'Oculus Rift a lui l'avantage d'être bluffant techniquement. L'entreprise qui développe ce casque de réalité virtuelle, Oculus, a été rachetée en 2014 par Facebook pour 2 milliards de dollars, provoquant l'emballement du marché. HTC, Samsung ou Sony s'y sont mis. À les entendre, le futur sera fait d'hommes et de femmes portant des casques ridicules mais navigant avec entrain entre le virtuel et le réel.

Un résultat impressionnant

Dans cet océan de casques, Microsoft cherche à se distinguer. L'HoloLens n'est pas un appareil de réalité virtuelle, mais augmentée. Grâce à des lentilles spéciales, il est capable d'afficher des hologrammes devant les yeux de son utilisateur, tout en lui permettant de voir ce qui se passe autour de lui. Le casque reconnaît certains gestes de la main, analyse l'architecture de la pièce et s'y adapte. Il n'est pas nécessaire de le brancher à un ordinateur. L'HoloLens peut faire apparaître une montre en 3D sur votre table, afficher une fenêtre Skype sur votre mur ou faire courir un dinosaure virtuel sur votre tapis. Du moins, si tout se passe comme prévu.

Lundi dernier, Microsoft a invité une dizaine de journalistes européens à Londres pour essayer l'HoloLens. La rencontre était organisée à l'occasion de l'ouverture des ventes du casque dans six nouveaux marchés, dont la France. Contrairement à l'Oculus Rift et ses confrères, orientés vers les jeux vidéo et le divertissement, l'HoloLens mise plutôt sur le marché professionnel. Les différents scénarios de test qui m'ont été proposés par Microsoft étaient en majorité liés au monde de l'entreprise: réaliser une présentation interactive en hologramme, observer une modélisation du corps humain en 3D, discuter avec plusieurs collègues sur Skype ...
Le résultat est parfois impressionnant. Je parviens à réparer une installation électrique défectueuse à l'aide d'un complice qui me parle en direct sur Skype. Il voit mes moindres faits et gestes grâce à une caméra située près de mon œil. La fenêtre de conversation me suit dans mes déplacements, du salon au disjoncteur électrique. Mon interlocuteur entoure les objets dont j'ai besoin au fur et à mesure de l'opération. C'est comme si quelqu'un dessinait sur le mur à l'aide d'un gros feutre. Il m'a suffi d'une dizaine de secondes pour apprendre les gestes reconnus par l'HoloLens. On ferme l'index et le pouce plus ou moins longuement selon l'effet désiré. Un claquement vif pour acquiescer, les doigts collés pour déplacer un objet virtuel. Pendant un instant, j'oublie que je porte un lourd casque sur la tête. Tout me paraît naturel.

Ce plaisir est malheureusement de courte durée. La plupart du temps, l'HoloLens est inconfortable. Le casque se règle à deux niveaux: grâce à une sangle portée autour du front et en plaçant les lentilles plus ou moins près de ses yeux, par exemple pour laisser passer ses lunettes. J'ai essayé cinq modèles différents. Le premier, produit avant la commercialisation du kit pour les développeurs, ne tenait pas sur ma tête. Après avoir serré sa sangle au maximum, sans succès, j'ai fini par tenir l'appareil à bout de bras pour finir la démonstration. J'ai eu un peu plus de chance avec les casques suivants. Mais, au bout de quelques minutes d'utilisation, ils finissaient tous par glisser de mon nez, me forçant à réajuster l'appareil pour voir correctement les hologrammes. J'ai tenté de régler mon problème en serrant au maximum la sangle autour de mon front. Je n'y ai récolté que des maux de tête, comme si je portais un chapeau beaucoup trop petit.

Un problème de confort

J'ai discuté avec plusieurs employés de Microsoft de mon problème. L'un a suggéré que ma posture n'était pas bonne. Un autre que les casques avaient déjà été utilisés par de nombreuses personnes, provoquant une déformation des sangles. Une dernière personne a évoqué mes cheveux longs comme étant la source du problème. Cette dernière explication a retenu mon attention. Après quelques recherches sur Internet, j'ai trouvé plusieurs personnes avec les cheveux longs se plaignant de difficultés similaires. Ce détail n'est pas anodin: il a même rendu mon expérience très pénible. J'étais frustrée et agacée. J'avais devant les yeux le futur des nouvelles technologies, sans y avoir tout à fait accès. La réponse qui m'a été donnée est d'autant plus surprenante que l'inventeur de l'HoloLens, Alex Kipman, a lui-même les cheveux longs. Mais les premières personnes à pâtir de ce défaut seront les femmes.

J'ai néanmoins été rassurée sur un autre point. L'HoloLens ne donne pas de nausée. Je suis sujette au mal des transports, et les casques de réalité virtuelle que j'ai essayés jusque-là m'ont tous rendue malade. Ce n'est pas le cas de l'HoloLens. Ses verres transparents laissent bien voir l'environnement autour de soi. C'est un élément crucial pour éviter le mal des transports. Ce dernier est généralement créé par un conflit entre ce que l'on ressent et ce que l'on vit: si mon corps est immobile dans une voiture, mais que mon cerveau enregistre que je suis en mouvement, je peux vite être malade. L'HoloLens évite ce problème. Le casque prend par ailleurs soin de mesurer l'écart entre les yeux de ses utilisateurs, afin de proposer les images les plus nettes possible, et donc éviter la fatigue visuelle, qui est un autre problème récurrent de la réalité virtuelle. De mon côté, rien à redire sur la qualité des hologrammes. Mais sur la durée, les yeux se fatiguent quand même. Je suis sortie de mes deux heures de test avec les yeux secs et un début de migraine, similaire à si j'avais regardé la télévision trop longtemps et de trop près.
Les appareils que j'ai testés mardi étaient des «developpers kit». Il s'agit d'éditions réservées aux personnes souhaitant créer des applications pour l'HoloLens, qui ne seront jamais commercialisées. Il est normal que ces casques comportent encore de nombreux défauts. Les scénarios de test sont un peu rigides et ne permettent pas de prendre beaucoup de liberté. Certains hologrammes disparaissaient lorsque je tentais de me déplacer pour les voir de plus près ou sous un autre angle. Le champ de vision est relativement réduit. Si les hologrammes sont trop grands, ils se retrouvent coupés en deux. On est loin des vidéos de promotion où une personne fait apparaître des objets virtuels tout autour d'elle. L'HoloLens ne comprend pour le moment que l'anglais. Accent français fortement déconseillé.
L'HoloLens a des défauts, mais aussi de nombreuses qualités. Il doit encore trouver son utilité. J'ai été convaincue par mon utilisation de Skype, beaucoup moins par l'éventuelle utilité de créer une présentation interactive en hologrammes. L'HoloLens va assurément s'améliorer, de la même manière que l'Oculus Rift et d'autres casques de réalité virtuelle ont eu besoin de plusieurs essais avant d'être commercialisés. En attendant, le futur devra patienter.

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