Eurosport développe la VR et bientôt la 4K !

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Eurosport développe la VR et bientôt la 4K !
05 Février, 2017
Patron français d'une chaîne européenne dont les actionnaires sont américains, Julien Bergeaud est au cœur des négociations qui concernent les droits TV des Jeux olympiques 2024.
Le vice-président d'Eurosport, qui pilote les droits TV du groupe Discovery pour la France et l'Europe du Sud, fait le point sur les actions menées depuis sa nomination, mi-2015.
Il revient sur les lancements de programmes et la distribution des chaînes, l'innovation technique et le prochain développement de la 4K.
La stratégie de commercialisation des droits TV des Jeux olympiques 2022 et 2024 avant la désignation des villes-hôtes en septembre prochain, constituent une priorité pour lui.
Vous êtes en poste à la tête d'Eurosport depuis l'été 2015, comment jugez-vous votre premier bilan?
Julien Bergeaud: Depuis 2015, il s'est passé pas mal de choses. La feuille de route de l‘époque a évolué, même si nous avons coché des cases prévues.
A l'époque, Eurosport se préparait à repositionner les chaines, faire certains mouvements stratégiques…
Or, depuis, nous sommes également apparus sur CanalSat, puis nous avons lancé Eurosport1 et Eurosport2, et nous avons acquis les droits des Jeux olympiques…
Notre distribution s'est aussi élargie en passant sur Free. Et en matière de contenus, on a lancé notre feuilleton de rugby, avec la PROD2.
 
Comment la PROD2 de rugby est-elle devenue - de manière assez improbable - un des programmes moteurs d'Eurosport face au tennis ou au ski?
Le rugby avait été identifié comme un fort axe de développement. Et cela s'est confirmé dès 2015 avec le succès de matches du vendredi soir de ProD2 et de l'émission «Les Tontons Flankers», animée par Christian Califano. En 2016, on a reconcentré nos efforts sur le rugby pour être plus fort et plus impactant. On a doublé notre audience et installé des rendez-vous, du vendredi au dimanche. C'est une très grande satisfaction. Tous les efforts et les investissements consentis s'avèrent payants.
 
Comment expliquer ce succès?
Les villes de PROD2 sont des bastions rugbystiques, avec de véritables passionnés. Ce n'est pas le programme le plus mainstream ni le plus parisien, mais c'est authentique et très suivi! Perpignan est un nom qui résonne dans l'univers du rugby… On a fait un truc que personne n'avait jamais osé faire autour de ce feuilleton sportif, avec une incarnation, des moyens, de la production, tout le dispositif digital qu'on a mis en place sur Eurosport 360, puisqu'on propose l'ensemble des rencontres sur tous nos supports. On a été innovants avec une technologie qui nous permet de remonter tous les matches avec un commentaire… Et puis nous avons créé des petits programmes qui ont cartonné sur Facebook Live.
Avez-vous exploré ainsi une façon d'élargir votre audience et votre public sur le digital?
La nouvelle équation en télévision s'établit ainsi: on ne plus être aujourd'hui linéaire sur nos chaînes et nos programmes.
Maintenant, nous envisageons les choses à 360 degrés. Avant 2016, nous ne le faisions pas.
On avait développé Eurosport.fr et le player vidéo Eurosport, mais un peu dans leur coin. Aujourd'hui, nous travaillons avec le digital intégré.
L'exemple de ce que nous faisons sur Facebook Live avec Christian Califano et la PROD2 est révélateur.
Nous avons tourné des séquences de tirs au but amusantes avec lui, juste avant son émission, qui ont fait immédiatement 70.000 vidéos vues.
Cet engouement sur les réseaux sociaux sert ensuite les audiences télés.
Nous capitalisons sur l'incarnation et les visages de la chaîne: Califano, donc, mais aussi Laurie Thillman et Nathalie Péchalat, ou encore Henri Leconte dans le tennis, à l'occasion de Roland-Garros.
 
Le football, avec les droits de la Coupe de France, est également l'occasion d'innover…
La Coupe de France fête son centenaire. Nous avons diffusé l'avant tirage au sort des 32es de finale qui était organisés à la Tour Eiffel.
Cela a très bien marché: 170.000 personnes. Nous avons diffusé ensuite le tirage puis les matches et reproduit la passerelle entre la TV et le digital grâce à notre journaliste Martin Monnier. Au final, on a fait 10 millions de personnes, uniquement avec la Coupe de France sur l'ensemble de nos supports de diffusion.
C'est énorme! Il est capital aujourd'hui de travailler l'ensemble des canaux de diffusion en symbiose.
Le digital et la télévision s'accompagnent l'un et l'autre. Ce ne sont pas les mêmes publics, on le sait aujourd'hui.
Nous voulons que ces différents publics se rencontrent, désormais.
Face à la concurrence des chaînes sportives (L'Equipe, BeInsport, SFR Sport), Eurosport semble vouloir préempter ce terrain des programmes plurimedia. Pourquoi tant d'expérimentations et d'efforts, depuis votre prise de fonction?
Parce que je considère que c'est l'avenir, tout simplement! Les jeunes ne regardent pas la télévision comme moi je la regardais.
J'ai 42 ans et mes trois enfants, qui ont 14, 9 et 5 ans, sont des téléspectateurs d'un genre nouveau.
Pour joindre ces deux mondes, on ne peut penser que comme cela. Ce n'est pas une interrogation, mais une affirmation.
Je pense que l'avenir de la télévision doit rester de produire du contenu de qualité mais aussi de le fournir à 360° à ceux qui veulent le voir.
Nous devons imaginer des contenus adaptés au grand écran qui se regarde en famille, mais aussi du contenu plus court qui se regarde seul, sur son téléphone mobile ou sa tablette.
Même si on parle de multi plate-forme depuis longtemps, cela s'est accéléré considérablement en 2016.
Ces principes d'innovation sont-ils également liés aux collaborations établies avec les actionnaires américains de Discovery?
 
Eurosport a toujours été à la pointe de l'innovation. Depuis l'arrivée des Américains, nous sommes effectivement passés à la vitesse supérieure.
Je pense en particulier aux investissements réalisés pour développer la réalité virtuelle.
Nous avons par exemple réalisé un super coup avec le skieur Bode Miller, lors de la descente de Beaver Creek, cet hiver.
On l'a fait également avec Novak Djokovic en tennis. Pour 2017, en plus de la VR, nous travaillons au lancement d'Eurosport en 4K en France, mais aussi en Allemagne. Là encore, c'est grâce au réseau Discovery. Nous avons cette assise mondiale qui nous permet de nous développer en étant très ambitieux.
Nous n'avons pas encore la date exacte, en mai ou en septembre…
Quid des droits acquis sur les Jeux olympiques, pour la période de 2018 à 2024?
 
Les JO 2024 sont un signe de l'ambition du groupe Discovery qui a investi dans tous les droits européens à hauteur de 1,3 milliards d'euros.
Nous avons acquis le cycle pour l'Europe de 2018 (JO d'hiver à Pyongcheang, ndlr) - 2020 (JO d'été à Tokyon ndlr) - 2022 et 2024 (villes à désigner, ndlr).
En France, nous avons les droits de diffusion à partir de 2022.
Ici, nous avons donc commencé à réfléchir à la question, puisque nous pouvons potentiellement avoir les JO à Paris en 2024.
On va avoir une prise de contact avec le marché. Nous sommes «gate keeper»: nous détenons donc tous les droits, en clair, payants et aussi les droits officiels de diffusion sur mobile.
On a donc cette capacité d'offrir à un partenaire l'association officielle avec les anneaux olympiques. Ce qui est une nouveauté par rapport à la manière dont étaient auparavant exploités les droits olympiques. On va donc prendre contact avec le marché pour commencer à avoir des discussions.
Sur le mobile, le cahier des charges a-t-il été élaboré en collaboration avec le CIO?
Oui, tout à fait. Et nous sommes en charge de la mise en œuvre. On a ce package qui est désigné en anglais par le terme «Official mobile broadcaster» qui permet à un partenaire du secteur Télécommunications de s'associer avec les anneaux olympiques, via nous.
C'est une vraie belle opportunité de lier un partenariat avec quelqu'un sur le marché français, en espérant que les JO soient à Paris en 2024.
Comme chacun le sait, l'annonce de la désignation de la ville sera faite en septembre 2017 à Lima (Pérou). Je souhaite que nous prenions contact avant.
Quel serait le timing idéal pour lier ce partenariat autour du mobile?
Nous envisageons de trouver un ou plusieurs partenaires - on ne ferme pas cette porte - et de signer dès cette année pour 2022 et 2024.
Avec la convergence des medias et le fait qu'Internet voir converger l'ensemble des supports de diffusion, dont la télévision, comment rassurer de potentiels partenaires sur la cohérence des différents packs à échéance de 2024?
En réalité, cette question concerne l'exploitation qui est faite des droits. Aujourd'hui, la convergence se profile et que les gens ont regardé la télévision d'une certaine manière et la regarderont autrement demain.
Mais l'exploitation qui est faite montre que l'expérience sur les différentes tailles de terminaux - grands écrans de télévision ou écran d'un téléphone mobile, par exemple - reste différente. Même si la convergence se profile, il reste au final la différence entre l'exploitation et l'expérience.
On peut regarder un grand événement en direct et en famille autour d'un grand écran, et aussi consommer individuellement du petit clip rapide sur un téléphone mobile. On peut aussi avoir accès à une offre plus experte sur sa chaîne de sport préférée, avec un traitement en profondeur sur telle ou telle discipline.
Ce constat vous permet donc d'être optimiste quant à vos potentiels partenaires autour des Jeux Olympiques…
Dans l'approche sur les droits, c'est évident. Je pense qu'il y a de la place pour les partenaires en clair, qui vont diffuser les Jeux olympiques (France Télévisions, ndlr), une télévision payante sportive avec ses experts, consultants et ambassadeurs sur ses différents canaux de diffusion (Eurosport, ndlr), et enfin un partenaire Telco' qui va lui se concentrer sur de la data, de l'offre de clips, de la couverture sous forme d'alertes et une expérience mobile «pure», adaptée aux terminaux type smartphone ou tablettes.
Dès lors que la porte est ouverte, la négociation va s'ouvrir dans les prochains à échéance de septembre.
Le compte à rebours est donc lancé. En tant que détenteur de droits, quelle est votre responsabilité à l'égard de la candidature de Paris 2024?
Le groupe Discovery soutient toutes les candidatures. Mais nous, chez Eurosport, nous soutenons bien évidemment la candidature de Paris. En France, il est normal que nous ayons un affect pour Paris. Et nous ferons tout ce que l'on peut faire pour que la candidature de Paris soit retenue pour 2024.
La candidature la plus concurrentielle de Paris est celle de Los Angeles, n'est-ce pas un peu schizophrénique pour le groupe américain Discovery-Eurosport?
Oui, la question existe de savoir si un groupe américain va soutenir une candidature européenne plutît qu'américaine.
Toutefois, à partir du moment où le groupe Discovery a acquis les droits pour l'Europe, on peut penser qu'il serait très heureux de voir retenu la candidature de Paris en 2024.
Le groupe Discovery possède des œufs dans différents paniers, en somme…
On est dans une ouverture avec un actionnaire américain qui a réalisé un investissement sur l'Europe.
Cet actionnaire est là aussi pour accompagner le Comité International Olympique dans l'exposition de son événement.
Je pense que toutes les télévisions européennes partageraient le souhait d'avoir les JO en Europe.
On connait le poids des broadcasters dans la prise de décision finale des membres du CIO sur l'attribution des Jeux olympiques aux villes candidates, imaginez-vous avoir un rôle à jouer, chez Eurosport?
Absolument, et nous avons déjà commencé à tenir ce rôle à propos de la période 2018-2020, même si nous ne disposons pas des droits de diffusion en France sur cette période. A propos des autres territoires, nous avons commencé à beaucoup échangé avec le CIO à l'échelle européenne.
Nous avons un bon retour d'expérience là-dessus.
Quels sont les facteurs clés de succès pour le groupe Discovery?
Les facteurs essentiels sont de faire en sorte qu'il y ait une très bonne adéquation entre les attentes du CIO et les nôtres.
On doit avoir une relation la plus proche possible. Que l'on travaille main dans la main à propos de la programmation des événements, de la production.
La coordination sera capitale. C'est ce que nous avons commencé à entreprendre, et nous allons y apporter de plus en plus de soin.
Quels sont vos objectifs prioritaires en 2017?
Je veux continuer la transformation d'Eurosport, qui était une belle maison avant l'arrivée des Américains de Discovery, mais qui continue de grandir grâce aux investissements. Je veux renforcer la collaboration entre toutes les équipes d'Eurosport, qui font des efforts: réfléchir à 360° ensemble, aux histoires de sport que nous voulons raconter sur nos canaux de diffusion. C'est comme cela que nous allons gagner.
J'ai beaucoup de respect pour nos anciens actionnaires, mais c'est vrai que l'arrivée de Discovery est un passage dans la catégorie supérieure.
Personnellement, qu'avez-vous appris de votre prise de fonction depuis votre nomination?
Tout est possible! L'investissement sur les JO le démontre. En étant passé par tous les postes au sein d'Eurosport depuis 1999, j'ai compris qu'il ne faut jamais douter. Après 17 ans, je reste émerveillé par les possibilités de cette chaîne.
Le sport reste un des premiers vecteurs de passion de ce monde difficile.
Le sport rassemble encore. Je suis très heureux d'avoir l'opportunité d'être porté vers des Jeux olympiques à Paris en 2024.

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