Pour Steven Spielberg, la VR n’est qu’un outil

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Pour Steven Spielberg, la VR n’est qu’un outil
25 Mars, 2018
Steven Spielberg, « The Entertainment King », le roi du divertissement, se projette en 2045 avec l’emballant Ready Player One , film d’aventure sur un jeu en réalité virtuelle. A 71 ans, le réalisateur d’ Indiana Jones , E.T. et Jurassic Park s’amuse. Interview.

 

Votre cinéma ne vieillit pas : on croirait Ready Player One réalisé par un fringant jeune homme.

Oh, merci, nous nous sommes tellement amusés à le faire ! Eh bien je suis aussi vieux que je me sens et donc, bien sûr, j’ai l’impression d’avoir, disons, 43 ans ! J’ai eu le plaisir de rencontrer William Wyler, Frank Capra… ils disaient tous la même chose : « Je ne me sens pas vieux, j’ai juste l’air vieux et Hollywood me voit ainsi, donc inapte ». Mais tel Wyler je me sens comme aux plus belles années de ma vie.

 

Ready Player One est un film transgénérationnel ?

J’ai eu la chance de travailler sur ce film avec de très bons nouveaux acteurs dont certains n’avaient jamais tourné. Par exemple Lena Waithe, qui joue Aech, est écrivain. Ils étaient tous ouverts à une nouvelle expérience : comment faire un film différemment ?

 

Comment avez-vous dirigé ce jeune casting, notamment pour les scènes virtuelles ?

Les acteurs devaient être dans un monde difficile à comprendre puisqu’ils devaient jouer leur avatar en motion-capture. Avec La Planète des singes et Andy Serkis, James Cameron et Avatar , tout le monde connaît la motion capture. Mais pour de jeunes acteurs qui n’ont jamais rien fait ou presque, c’est très déconcertant de venir dans une grande salle blanche, de revêtir des combinaisons avec des casques, des caméras et des lumières intégrées dans le casque, puis de croire en son personnage dont la technologie vous sort. Mon travail consistait à garder tout le monde au plus près de son personnage : ça a été un combat pendant un certain temps.

 

Il y a un équilibre entre vos personnages masculins et féminins.

La diversité est importante, mais plus encore l’égalité des sexes. Je tenais absolument que les garçons comme les filles aient chacun leur moment héroïque.

 

Vous rendez hommage à la pop culture dans ce film truffé de références et de clins d’œil, y compris à vos propres films.

Il y en a quelques-uns mais pas tant que dans le livre d’Ernest Cline dont est tiré le film. Il était tellement truffé de références à mes films des années 80 que si je les avais gardées je n’aurais pas été la bonne personne pour le réaliser. Cela aurait ressemblé à un best of de mes hits. J’ai enlevé 80 % de mes propres références.

 

Que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître…

Mais je pense que le jeune public connaît ces références à d’autres films et événements culturels qui ont eu lieu dans les années 80 ! Ils ne les connaissent peut-être pas dans leur intégralité, du début à la fin, mais c’est si populaire que tout le monde sait plus ou moins de quoi on parle.

 

Quand je fais un film, le patron, c’est l’histoire

 

Vous réussissez le pari de faire du passé quelque chose de très actuel, vous transformez même le passé en futur.

C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de faire ce film : c’était un grand bond en avant et en même temps un grand flash-back.

 

Vous êtes un grand conteur. Est-ce que la technologie, les effets spéciaux et la dimension visuelle des choses font passer l’histoire au second plan ?

Quand je fais un film, le patron, c’est l’histoire, l’intrigue, je ne suis que l’employé de cette histoire. Je suis obligé de faire du bon boulot pour ne pas me faire virer de l’histoire ! C’est plus important que tout. Dans Ready Player One , l’histoire qui prime est la chasse à l’œuf de Pâques. Le reste, les références culturelles aux années 1980 et au début des années 90, la musique, le style des vêtements, cela donne un ton mais ce n’est pas essentiel. Avec les effets spéciaux, il n’y a rien qu’on ne puisse faire, il y a des vrais artistes de cette technologie, mais il y a plein de choses qu’il ne faut pas faire. Ils ne peuvent passer avant l’histoire, ils servent l’histoire. Même pour Jurassic Park , le premier film avec des stars complètement créées par ordinateur, l’histoire était première et c’est pour elle que les gens allaient au cinéma.

 

Comment avez-vous utilisé la réalité virtuelle pour mettre en scène ce film qui parle de réalité virtuelle ?

J’ai fait une partie du film en réalité virtuelle. Les acteurs équipés de casques ont pu visiter le monde virtuel dans lequel leurs avatars évoluent. Ils ont pu voir l’énorme et large éventail des scènes pour les expérimenter en réalité virtuelle. Ils avaient ainsi une idée de l’endroit qu’ils étaient supposés imaginer. C’était un exercice important d’utiliser la réalité virtuelle comme un outil pour amener les acteurs à croire qui ils étaient et où ils étaient.

 

Est-ce que la réalité virtuelle sera le futur du cinéma ?

Non, la réalité virtuelle ne remplacera pas la forme narrative que nous connaissons. Elle sera utile à l’éducation, la science, la médecine, pour faire voyager les personnes qui ne peuvent se le permettre et seront soudainement en mesure d’en avoir l’expérience virtuelle. Mais ce n’est qu’un outil.

 

Quel regard portez-vous sur les salles de cinéma avec des films en réalité virtuelle comme il en existe déjà ?

Pourquoi aller au cinéma si vous êtes seul dans un monde virtuel ? Le cinéma est une expérience commune, vous partagez un voyage émotionnel avec des étrangers : vous ne pouvez pas le faire avec un casque sur la tête qui vous empêche de voir qui est en face, à côté de vous, ni même votre petite amie. Imagine : tu demandes à une fille de sortir, tu l’emmènes au ciné, mais tu enfiles un casque et elle disparaît, remplacée par une histoire ! Qui voudrait de ça ?

 

Vous montrez le jeu comme espace et lieu de solidarité, d’amitié, où l’on n’est pas seul au monde.

Dans le monde virtuel, vous faites aussi de l’exercice physique : vous courez dans le monde réel pour que votre avatar fonctionne dans le monde virtuel. Si vous vous retrouvez à bout de souffle, c’est difficile, c’est du boulot.

 

On reproche souvent aux jeux vidéo leur violence, absente de votre film. Pourquoi cette sorte de pacifisme ?

J’ai joué aux jeux vidéo toute ma vie. Ils sont devenus très sanglants, avec une violence gratuite. Le personnage de mon film, James Halliday, qui développe le jeu Oasis , ne veut pas que ça soit sanglant, qu’on se tire dessus. C’est un pacifiste, il ne croit pas à la publicité, l’oasis est gratuite, il n’y a pas de frais d’entrée, rien à vous faire acheter, il ne monétise pas sa création.

 

A quels jeux vidéo jouez-vous ?

Mon jeu vidéo préféré est Pac Man. A un moment, j’étais accro à Angry Birds , j’y ai joué pendant trois ans et j’avais décroché toutes les étoiles ! J’ai beaucoup joué à Medal of honor que j’ai créé, développé par Dreamworks Interactive. J’ai expérimenté Call of duty ou Assassin’s Creed. J’aime aussi jouer au golf.

 

Comment trouvez-vous le temps d’être un geek ?

Un geek n’a pas besoin d’avoir du temps pour être un geek : on l’est ou pas. Je joue quand je suis relax. Mais vous savez, je n’ai pas fait ce film pour les fans. Ready Player One s’adresse aussi à ceux qui n’ont jamais joué à un jeu vidéo de toute leur vie. Nul besoin d’être un joueur pour embarquer.

 

Avez-vous un avatar ?

Je n’ai aucun avatar caché dans le film mais si je devais en avoir un, ce serait Daffy Duck, le grand rival de Bugs Bunny.

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