Test Summer Lesson: Un jeu japonais qui laisse perplexe

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Test Summer Lesson: Un jeu japonais qui laisse perplexe
25 Octobre, 2016

"Viens, approche-toi". Hikari veut faire écouter sa musique. Dans l’intimité de sa chambre, elle insiste. Il faut baisser la tête pour se mettre à hauteur de son écouteur. "Arrête de bouger, enfin". La musique n'est de plus que de la JPOP sans intérêt. Mais c’est la première fois qu’une expérience VR demande au joueur de rester immobile, la vue plongeante sur une poitrine. Summer Lesson est un "simulateur" pour l’instant unique, étrangement limité mais suffisamment dérangeant, comme seul le Japon sait les produire.
 
Revenons un peu en arrière. Hikari Miyamoto a besoin de soutien scolaire en vue de ses examens. Elle n’a plus qu’une semaine alors il va falloir bûcher. Et c’est le joueur qui va faire le prof particulier. Tous les jours, la tâche va être la même : choisir une fonction au programme, que cela soit lecture, problèmes logiques, etc. On affine ensuite un petit peu sa méthode dès le menu suivant : la laisser faire en silence, pour qu’elle se débrouille toute seule, l’encourager comme un supporter de foot, ou bien lui proposer une tisane. Voilà, c'est parti pour le bachotage.
 
"UNE SEMAINE POUR RÉUSSIR"
 
Vu le temps qu’il vous reste pour être à bloc avant les exams, il y a assez peu de combinaisons possibles. Chaque jour, un seul choix possible, pour faire augmenter une statistique. Une fois la leçon terminée, on bavarde. Oui, c’est obligatoire et en plus elle est ravie. On taille le bout de gras. De tout, parmi les quelques choix disponibles. Ca va vite, il y a l’école, ses activités scolaires, ses amis. La deuxième partie ressemble à une rediffusion d’un drama japonais. Certaines combinaisons sont assez efficaces et augmentent sensiblement les statistiques de Hikari. Cela fonctionne de la même manière que tous les jeux japonais qui essaient de simuler le quotidien mais en plus basique.
 
C’estPersona et Tokimeki Memorial avec cent fois moins de choix. Spoiler alert, il est impossible de perdre, quoiqu'il arrive.
 
Mais il y a la VR, c’est un peu pourquoi on parle de Summer Lesson aujourd’hui. On imagine tout de suite tout et n’importe quoi, mais Bandai Namco a pris soin de calmer toute forme d’imagination. Fondamentalement, on est face à un QCM où la simili-liberté offerte par la VR est aussitôt encadrée. Assis sur sa chaise, le prof-joueur va tourner la tête pour mieux comprendre où il se trouve. Jamais il ne se lève, jamais il ne bouge. Il est un POV qu’on n'entend pas. Quand elle ne fait pas ses devoirs, Hikari a les yeux rivés sur ce prof immobile qui ne parle jamais. Elle a souvent l’impression de parler toute seule et elle n’a pas tort : il n’y a pas de dialogue. Et quand on se penche trop sur elle, un voile noir recouvre le champ de vision. Si l'on essaye de regarder "par en-dessous", Summer Lesson remet à sa place le joueur, comme le "Wrong Way" quand on se trompe de chemin dans Mario Kart.
 
 
MAL A L'AISE
 
La possibilité de lui changer ses vêtements, de passer d'un uniforme bleu à un t-shirt et mini-short plus cohérent vu la saison ajoute une dimension "poupée" inutile et une couche de malaise supplémentaire. S'agit-il d'un perroquet qui répète toujours la même chose ? D'un pantin qu'on habille pour un New Game+ ? Bandai Namco et Harada, le producteur débridé de Tekken, ont senti les ennuis venir. Ils ont décidé de ne pas sortir son jeu en Occident, un peu de la même manière que Koei Tecmo a auto-censuré son Dead or Alive Xtreme 3 racoleur.
 
Ce n’est pas l’érotisme qui dérange le plus dans cette expérience finalement assez neutre, c’est la place des personnages par rapport aux autres. Le problème est de mettre le joueur en position de force, c’est-à-dire du prof. Il ne se passera rien mais les sous-entendus sont là et "on fait comme si". Il faut sentir le malaise improbable de Hikari quand elle rentre dans sa chambre pour découvrir le joueur qui l’attend, planté sur sa chaise. Ce sont des situations qui n’existent pour ainsi dire pas, et qui font de Summer Lesson une expérience tellement inférieure à Loveplus, pourtant sur DS. Peut-être que les DLC et les autres chapitres / héroïnes du jeu étofferont le concept, même si Bandai Namco n'a rien annoncé de concret. Aujourd'hui, et même avec un casque à 400€ sur la tête, tout cela finit par disparaître, comme un souvenir d’été.

 

EN RESUME
 
Enthousiasmant comme la première page d’un cahier de vacances, Summer Lesson finit par ennuyer dès la deuxième. C’est un produit expérimental japonais atypique, "pays où l’on ne fait plus l’amour" nous disait encore récemment Bernard de la Villardière en visitant une chambre d’otaku. On peut y voir, maladroitement esquissé, le potentiel de quelque chose d’un peu inédit.
 
Perturbant, Summer Lesson l’est, car il est le parfait exemple de cette intimité que la réalité virtuelle essaye de créer, tout en suggérant. Comme si Hikari allait devenir la réponse à tous les problèmes, le joueur son sauveur providentiel.
 
Comme jeu, cette "leçon d’été" est minimale. Comme expérience, elle est oubliable comme un été passé chez soi à parler à un mur.

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