State of Mind conte un futur mêlant réel-virtuel

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State of Mind conte un futur mêlant réel-virtuel
20 Août, 2018
Un jeu qui pousse à la réflexion sur le transhumanisme - © State of Mind - Daedalic Entertainment

 

En se posant un moment pour observer le monde qui nous entoure, toutes les dualités qui le composent nous sautent vite aux yeux : la vie et la mort, le corps et l’esprit, le réel et le virtuel… Le 1 et le 0 du code binaire, le langage de ces ordinateurs qui prennent une place de plus en plus importante dans nos vies.

 

State of Mind place son intrigue autour de ces dualités, poussant la réflexion sur le transhumanisme à un niveau rarement atteint dans un jeu vidéo. L’œuvre du studio allemand Daedelic aborde cette thématique sans prétendre apporter des réponses. Au contraire, les créateurs montrent leur confiance en l’intelligence du joueur, lui laissant tirer ses propres conclusions sur cette vaste question.

Berlin, 2048

Au centre de l’expérience de jeu, la vie de Richard Nolan, un journaliste habitant à Berlin en 2048. Le joueur le retrouve dans un hôpital berlinois un peu décrépis, à faire des examens médicaux, à la suite d’un accident de voiture. Peu de séquelles, excepté quelques pertes de mémoire. Richard rentre donc chez lui, où il pense retrouver sa femme et son fils. Mais son appartement est vide, à l’exception d’un droïde à l’intelligence artificielle avancée, qui l’y attend. Si le jeu s'articule autour de Richard Nolan, le joueur aura la possibilité d'incarner cinq autres personnages, qui ont tous leur importance pour l'immersion dans l'histoire.

 

Dès la première heure de jeu, le décor est planté : nous sommes dans un futur proche où la technologie a continué son essor, et où la réalité augmentée est devenue banale. Un univers plus sombre que notre présent, où l’Est et l’Ouest se livrent à des guerres afin de prendre le contrôle de ressources naturelles, devenues de plus en plus rares. Les robots et les drones ont complètement ou partiellement remplacé les humains dans de nombreux domaines, notamment la police, l'armée, le milieu médical et administratif, le journalisme. L’Humanité semble être arrivée à un point de non-retour, et le virtuel devient de plus en plus une échappatoire.

 

Du low poly tout en finesse

La découverte de cet univers se fait via l’exploration des lieux avec les différents personnages jouables. Une exploration qui n’est pas toujours obligatoire, mais qui aide grandement à la compréhension du scénario, et surtout, qui permet de pousser bien plus loin la réflexion. Même les dialogues entre personnages non-jouables ne sont pas anodins et servent à mieux comprendre l’intrigue.

 

Le directeur artistique et auteur du jeu, Martin Ganteföhr, a fait le choix audacieux d’un graphisme en "low poly", c’est-à-dire que le maillage des modèles 3D comporte un nombre limité de polygones. Un choix qui n’est pas anodin : ce style s’accorde en fait avec la vie "fragmentée" de Richard Nolan, dont le joueur devra en rassembler les morceaux, et s’associe avec la force narrative du jeu.  "Au centre de ce récit se trouve le motif de la séparation et de la réunion. Que se passe-t-il si l'avenir crée des fractures entre le corps et l'esprit ? Entre réalité et construction ? Entre ego biologique et virtuel ?" explique Martin Ganteföhr sur le site de Daedelic. 

 

Le pari était risqué, ce monde en polygones offrant à priori un pouvoir immersif plus limité. Mais le studio n’est pas à son coup d’essai en low poly, et il prouve avec State of Mind toute sa maîtrise de ce style graphique. Les décors sont grandioses, magnifiquement stylisés, et donnent envie de sortir du fil conducteur du jeu pour partir en exploration. Et c’est peut-être ici le seul regret que l’on aurait : le jeu misant sur une narration linéaire, on ne peut emmener Richard Nolan très loin dans la ville de Berlin. Heureusement, les moments de contemplations sont nombreux : regarder au travers de la fenêtre, se poser sur un banc dans un parc, s’asseoir sur le divan et écouter de la musique, et même, la possibilité de créer une œuvre d’art.

Richard Nolan, le principal protagoniste de l'histoire - © Daedalic Entertainment

 

Entre la dystopie et l'utopie

Le rythme du jeu est, pour sa première partie, très calme, à tel point que l’histoire peine à démarrer. Mais au bout de deux, trois heures, l’intrigue commence à dévoiler sa complexité, le jeu gagne en puissance narrative et arrive à mélanger une dystopie sociétale et environnementale avec une utopie technologique de manière magistraleSi quelques scènes de résolution d’énigmes viennent rappeler le caractère ludique de l’œuvre, dans sa deuxième partie, State of Mind prend souvent la forme d’une narration interactive, avec ses prises de vues et mises en scène cinématographiques maîtrisées. Nous offrant par-là la possibilité d’encore plus admirer le style graphique et la représentation de ce Berlin futuriste.

 

State of Mind est donc pour ceux qui aiment à se questionner sur notre avenir, sur ses défis technologiques, et sur ses dérives. La question du transhumanisme est abordée de manière assez large, les créateurs ayant eu la bonne idée de lancer des pistes de réflexion, sans avoir la prétention de donner des réponses éthiques bien définies. Et l’auteur du jeu de préciser: "Ce n’est pas un jeu à propos des technologies futures, mais plutôt sur les humains de demain", sur leurs doutes, leurs attentes, leurs espoirs, leurs amours, leurs combats.

 

State of Mind, développé sur Unreal Engine 4 par Daedalic Entertainment, est disponible sur PC (Windows, Mac, Linux), PS4, Xbox One et Nintendo Switch depuis le 15 août 2018. L’audio est en anglais et allemand, et l’interface notamment en français, anglais, allemand, italien et espagnol.

- - © Daedalic Entertainment

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