Au Centre Phi à Montréal, il faut le voir pour le croire

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Au Centre Phi à Montréal, il faut le voir pour le croire
24 Septembre, 2017

Je ne dirai rien, même sous la torture. On me l'a demandé plus qu'ordonné. Ça fait partie du jeu et on se charge de nous le rappeler. Après ce que j'en avais entendu, je devais aller tenter l'expérience de Believe Your Eyes au Centre Phi, à Montréal. Je ne dis pas : je devais aller voir Believe Your Eyes.Non, je devais y aller et m'abandonner.

 

Je ne dirai rien.

 

Il n’est guère simple d’écrire sur quelque chose qu’on ne peut ni raconter ni décrire. Vous devrez donc me croire sur parole, me faire confiance et imaginer l’inimaginable.

 

Lorsqu'on sort de cette salle où l’on est enfermé cinq toutes petites minutes pour vivre une expérience sensorielle, on est un peu sonné. Perdu. Il est en effet étrange de retomber si rapidement dans une réalité qui, cette fois, n’a rien de virtuel. Parce que c’est bien de réalité virtuelle qu’il s’agit dans cette petite salle. Mais, comment dirais-je, d'une réalité virtuelle nouvelle, voilà. Une expérience immersive, trop vraie pour porter le nom de virtuelle, mais suffisamment vraie pour parler de réalité.

 

J’en suis donc sorti un peu ébranlé en me rappelant avec peine que je devais reprendre mon casque de moto, mon blouson et mes papiers laissés à la porte du sas avant d’entrer. Un peu désorienté, je me suis fait accompagner jusqu'à l'ascenseur par la jeune fille qui m’avait guidé depuis le début. Celui-ci n’était pas vide. Je ne peux décrire ce que j’y ai vu. Je ne crois pas, du moins. N’était-ce que pour moi? Je ne vous dirai rien.

 

Honnêtement, je suis encore un peu secoué, pas tout à fait remis. J’ai la tête pleine de questions, à tel point que je dois peut-être y retourner. Je ne sais trop ce qui est arrivé pendant ces quelques minutes. Un peu comme si j’avais séjourné dans un monde parallèle. En fait, peut-être que les cinq petites minutes ont leur importance, parce qu’elles ne nous laissent pas le temps d’analyser, de comprendre, mais suffisamment de temps pour se laisser envoûter, avaler.

 

Je n’en suis pourtant pas à ma première expérience de réalité virtuelle. J’ai volé au-dessus de la ville de New York, dans un quelconque salon j’ai eu droit à une porno maladroite, j’ai visité une exposition d’art contemporain… Cette fois cependant, rien à voir. Le monde physique cède la place au rêve spectral et rompt avec l’acquis.

 

Ces cinq petites minutes qu’on doit à Punchdrunk et que présente le Centre Phi jusqu’au 30 septembre ont d’ailleurs été couronnées d’un Lion d’argent au Festival international de la créativité 2017 à Cannes. Ça, je n’ai pas de difficulté à le croire.

 

On y voit aussi une parenté avec Sleep No More, cette pièce de théâtre immersif présentée à New York. On entre, on passe de salle en salle, on croise les comédiens, mais à la sortie, nul n’en sort indemne, comme lorsqu'il est entré, et nul n’a vu le même spectacle. Fascinant.

L'exposition « Mondes oniriques »   Photo : Jean-Sébastien Dénommé

 

Bref, j’ai pris l’ascenseur pour monter jusqu’au premier étage, où se tient depuis plusieurs semaines déjà l’exposition Mondes oniriques.

 

Là encore, des expériences immersives, de la réalité virtuelle, mais rien à voir avec ce que je venais de vivre. Ici, on ne joue pas dans notre tête. On fait place au voyage, à la visite, à l’exploration. Six plates-formes, six voyages. Honnêtement, sans rien vouloir enlever à Mondes oniriques, j’ai eu l’impression d'entrer en plein cœur de jeux vidéo.

 

J’ai cherché comme les réfugiés un asile au Royaume-Uni, cloué au pied d’un escalier. J’ai aussi marché dans l’espace à l’extérieur de la station spatiale. Impressionnant quand même, ce déplacement commandé et hors gravité. Entre vous et moi, j’ai presque eu un petit mal de cœur, ce qui m’a confirmé que j’aurais fait un bien piètre astronaute.

 

Dans quelques jours au fait, le Centre Phi nous propose une pièce de théâtre où nous pourrons descendre avec Alice dans le terrier du lapin. Encore un truc inusité.

 

Or, à ma sortie du Centre Phi, je n’avais en tête ni les étoiles, ni la terre vue de loin, ni ma combinaison d’astronaute, ni la beauté de l’univers.

 

Il y avait toujours en moi ce questionnement sur ces cinq petites minutes passées hors réalité. Qu’avais-je vécu? Le visiteur suivant aurait-il droit à la même expérience? Entendrait-il ce que j’ai entendu?

 

Je ne dirai rien. Rien.

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