Art numérique : la tech française en pointe

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Art numérique : la tech française en pointe
12 Août, 2018
Il est désormais possible de visualiser des oeuvres d'art grâce à la réalité virtuelle. (Reuters)

 

Imaginez-vous pénétrer dans un tableau et voir l'œuvre s'animer autour de vous. C'est possible avec la réalité virtuelle, un casque connecté sur les yeux. En 2017, l'artiste chinois Yang Yongliang a créé Eternal Landscape, un paysage de montagne luxuriant peuplé d'animaux à explorer en VR (pour virtual reality).

 

Ce projet a été conçu à distance entre son atelier à Shanghai et le studio Monochrome à Paris. "Nous lui envoyions des maquettes en 3D et il nous répondait en donnant ses indications, explique Jean-Bernard Grasset, fondateur de Monochrome. Il cherchait une compétence qu'il ne trouvait pas en Chine. La France a une approche de la création digitale proche du luxe, avec une obsession du détail."

 

Surtout connue pour ses applications dans les jeux vidéo, la réalité virtuelle est un vrai support d'expression pour les artistes. Grâce au Tilt Brush de Google, un pinceau connecté que l'on tient comme une manette de Wii, ceux-ci peuvent peindre en trois dimensions, à l'instar de Pauline Dufour, dont le projet Jungle Fever, chorégraphié avec des gestes précis, a été réalisé dans la galerie Monochrome.

 

Le studio travaille également pour des collectionneurs, comme Dominique et Sylvain Levy dont la Dslcollection expose des reproductions virtuelles d'œuvres d'art contemporain chinois bien réelles mais impossibles à transporter. Jean-Bernard Grasset est persuadé qu'il existe un vrai marché de l'art numérique : "Les collectionneurs cherchent des œuvres uniques à regarder chez eux avec un casque. Et des artistes sont prêts à se faire payer en bitcoins, comme le Français Valéry Grancher installé à Hongkong."

 

Face à l'expérience solitaire des casques VR, d'autres recherches s'intéressent à la réalité augmentée, qui utilise l'interface d'un écran. Le collectif 9e Concept a imaginé l'opération Les Francs Colleurs, une série d'autocollants prolongés par des effets visuels et sonores grâce à une application. Le projet a été présenté dans plusieurs villes comme Nantes, Lille et Bruxelles. "Il mêle street art, motion design, code, animation, précise Louis Bonichon, directeur de l'agence de création Mnstr qui a participé à son développement. On est dans une démarche active, culturelle et ludique qui demande une participation du visiteur."

 

On a l'illusion d'un tour de magie, comme quand Méliès est arrivé après les frères Lumière. Le créateur n'est plus limité par un cadre : il peut mêler l'imaginaire et la réalité

 

Mnstr a imaginé une autre installation, La Joie : un carnet confié à treize artistes où chaque dessin prend vie lorsqu'on se connecte avec un smartphone ou une tablette. "La réalité augmentée peut être utilisée pour afficher des informations complémentaires sur l'artiste, mais ce n'est pas très poétique. Là, on a l'illusion d'un tour de magie, comme quand Méliès est arrivé après les frères Lumière, soutient Louis Bonichon. Le créateur n'est plus limité par un cadre : il peut mêler l'imaginaire et la réalité."

 

Immersion de la réalité virtuelle, illusion de la réalité augmentée, les deux technologies ouvrent de nouvelles possibilités d'émerveillement rarement vues depuis les débuts du cinéma mais donnent aussi accès à des œuvres fragiles ou disparues. La Fondation Dassault Systèmes, qui travaille sur des solutions 3D appliquées à l'éducation et à la culture, a participé à la réalisation d'une visite virtuelle de la pyramide de Kheops, à l'occasion de la découverte d'une nouvelle galerie.

 

Un test organisé à la Cité de l'architecture et du patrimoine à Paris, fin 2017, donnait l'occasion d'explorer l'intérieur de l'édifice égyptien en compagnie un archéologue, casque sur les yeux et ordinateur sur le dos. Une visite guidée impossible à vivre dans des conditions réelles. "C'est la préfiguration de l'avenir de la culture, assure Marie-Pierre Aulas, déléguée générale de la fondation. Cela permet de garder une trace numérique et de préserver le patrimoine, mais aussi de sortir des musées."

 

A l'instar de la fintech ou de la foodtech, un écosystème "art tech" se met ainsi en place autour de l'art virtuel. Depuis 2011, Google possède sa plateforme digitale, Google Arts & Culture, qui numérise les collections de centaines de musées dans le monde ; Snapchat a lancé l'automne dernier Snapchat Art, une fonction qui permet de faire apparaître des œuvres dans des lieux touristiques. L'application Smartify, le "Shazam de l'art", apporte des informations additionnelles lorsque l'on scanne un tableau. Autant d'innovations qui enrichissent la découverte des œuvres et peuvent attirer un nouveau public dans les musées.

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