Pourquoi les milliards investis dans la VR pourraient la couler

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Pourquoi les milliards investis dans la VR pourraient la couler
27 Septembre, 2016
Si vous avez l'espoir de créer un produit qui changera le monde, le success-model de l'iPhone semble être celui à suivre. En 2016, l'une des nouvelles technologies les plus en vue et sur le point de faire une telle percée, c'est la VR/AR. Mais il y a des raisons de penser que l'exemple de l'iPhone n'est pas vraiment adapté à la VR/AR.

La VR comme l'AR sont deux nouvelles technologies particulièrement excitantes. Imaginez-vous pouvoir vous déplacer depuis les fosses sous-marines des Mariannes jusqu'au sommet du mont Everest en l'espace d'une minute, ou de modifier le monde réel au gré de votre volonté. Mais c'est plus que cela. Ces technologies représentent potentiellement de nouveaux modèles qui vont révolutionner notre monde. Il suffit de regarder l'impact qu'ont eu la souris pour ordinateur ou l'iPhone lors de leur invention.
 
Mais le succès de l'iPhone est resté méconnu pour une raison différente. Pendant des centaines d'années, les innovations technologiques ont débuté avec le monde des affaires. Le téléphone était un gadget d'affaires avant qu'il ne soit un objet domestique; de même que l'ordinateur de bureau. L'iPhone a cassé ce moule. C'est un dispositif qui a été lancé en premier lieu pour les consommateurs et ensuite seulement, s'est transformé en ce qu'on appelle «la consumérisation de l'informatique ». Mais cette poussée a été incroyablement puissante. Après tout, c'est vraiment l'iPad qui a inspiré le PDG de GE à se demander pourquoi le logiciel qui fonctionne tout de même comme un moteur d'avion à réaction, n'a pas été aussi aisé à utiliser.

C'était comme si les lois normales de la gravité avait été soudainement annulées. Pourquoi continuer à faire l'imbécile avec des gadgets déglingués conçus pour l'industrie, alors que vous pouviez toucher directement les consommateurs et recueillir gloire et succès ?
 
La plus célèbre victime de cette pensée a été Google Glass. C'est un produit clairement conçu comme un outil chirurgicale ou un manuel futuriste de réparateur. Mais, pas du tout pour être un gadget pour la famille, même si votre famille était exceptionnellement « geek ».
 
Rétrospectivement, la stratégie du Google-Glass semble bien ridicule. Mais, ce qui est encore plus ridicule, c'est que cette stratégie est en train de se renouveler avec la VR entière …
 
L'acquisition pour 2 milliard $ d'Oculus, ou l'investissement de 750 millions $ pour Magic Leap, constituent des paris sur un succès hypothétique qui devra être grandiose, à même échelle que celui de l'Iphone..
 
Nous ne savons pas combien Microsoft a misé sur Hololens, mais la conception même du gadget indique quant à lui que ce sera un produit pour les masses. Il n'est pas attaché à un ordinateur sur-puissant, et est totalement mobile. Son design industriel est aussi étonnamment sobre que luxueux.
 
Mais aussi bien conçu qu'il est, le fait de ne pas être relié à un ordinateur donne une image de trop faible puissance à l'heure actuelle pour pouvoir satisfaire toutes les promesses de l'AR - promesse d'avoir des données presque illimitées dans tout votre champ de vision, ou d'être en mesure de regarder à travers les yeux d'une autre personne.
 
Aujourd'hui, la plupart des démos AR et VR démos relèguent ces dispositifs au rôle de gadget d'affichage très chic pour les foires commerciales, ou d'un dispositif de jeu nouveau très, très simples. "Les investissements dans Oculus et autres ont été si importants, que les start-up pensent qu'ils doivent d'abord s'adresser aux consommateurs», explique Jake Barton, fondateur de la firme de design Local Projects. "Mais j'ai déjà vu des startups faire cette erreur quand ils ne trouvent pas une première niche. Google Glass était un produit de niche extraordinaire, mais qui a échoué car ils ont essayé en premier le marché de masse."
 
La VR a également sa propre version de ce problème: la création d'un écosystème de contenus coûte si cher que personne ne peut se le payer. "Les acteurs d'Hollywood trouve beaucoup d'intérêt à la VR. Mais le problème est qu'il n'y a pas assez d'argent encore pour permettre d'attendre le jour où il y aura suffisamment de casques sur le marché pour diffuser ce nouveau contenu" dit Rob Girling, co-fondateur de la firme de design Artefact.
 
Bien sûr, les entreprises peuvent investir leur argent, et personne ne se soucie si cet argent sera un jour perdu ? Mais quand ce sont Facebook, Google et Microsoft qui font tous le même pari que la VR et l'AR seront les produits de consommation de demain, cela devient contagieux. Les investisseurs commencent à croire tous à la même image du succès. D'autres startups commencent à se fondre dans le même moule. Une monoculture idéologique prend le dessus, et les perdants-qui rêvaient d'un avenir beaucoup accessible pour la VR et l'AR, ne peuvent plus survivre.  

Ne vous méprenez pas, aussi cool que soient VR et l'AR, la plupart des applications ne visent que des niches et ciblent nécessairement l'industrie.
 
Mais elles n'en sont pas moins étonnantes. Imaginez, par exemple, être un chirurgien chargé d'une opération délicate ou inconnue, et pouvoir enfiler un casque qui permettra au plus grand chirurgien du monde de vous guider à chaque étape. Ou imaginez être un mécanicien en mesure de résoudre toutes les pannes en puisant dans l'expérience des autres. Les deux technologies AR et VR suggèrent l'apparition d'un monde dans lequel les experts pourront apporter leur acquis à tout un chacun, où qu'il soit, et c'est un monde dans lequel l'expérience sera beaucoup plus évolutive que jamais auparavant.
 
Nous ne devrions pas trop nous emballer, mais la dernière grande technologie qui a rendu le savoir accessible instantanément a été le terrifiant Internet. "Pour moi, le moment où les choses deviendront intéressantes, ce sera au moment de l'apparition de la prochaine génération de moniteurs d'hôpital, ou d'un simulateur de vol, ou de manuels d'usine," reconnaît Nick de la Mer, co-fondateur de la firme de design Big Tomorrow. Mais nous n'en entendrons pas parler, car il plus difficile d'imaginer que des produits coûtant des milliards de dollars arriveront dans les mains de presque tout le monde, comme l'iPhone l'a fait. Ils ne font pas la une des manchettes de la TechCrunch.
 
Les utilisations exceptionnelles de la VR/AR sont intrinsèquement plus faciles à trouver dans la banale réalité du monde du travail, tout simplement parce que le monde du travail est si complexe qu'il y a beaucoup plus de problèmes à résoudre. Vous pouvez trouver une analogie à cette dynamique avec les besoins dans votre propre maison. Pensez combien de centaines d'outils les entreprises essaient de vous vendre. Tous ces outils existent pour les problèmes existants et en continuel renouveau dans votre cuisine. Mais dans le salon? Les problèmes existant sont si larges et déjà si bien résolus, qu'il est incroyablement difficile pour nous d'acheter un appareil promettant d'être à peine un peu meilleur ...

La VR et l'AR sont confrontés au même défi. Comment les produits doivent-ils être, pour être mieux qu'un téléviseur ou un téléphone ? Réponse : Beaux, efficaces et vraiment pas cher.
 
Les produits que Sony et Oculus et leurs concurrents essaient de nous vendre, sont tous lents, pas jolis, et décevant en grande partie, car ces entreprises ne voulaient pas investir dans des produits qui n'auraient peut-être jamais la chance d'être utilisés à la maison et par un marché de masse. En se focalisant sur le marché des consommateurs, les géants de la technologie investissent dans la VR et l'AR négligent le potentiel ultime de ces technologies. En se précipitant pour les rendre pas cher et facile à utiliser, ils en oublient que ces technologies sont encore très chères et horrible à utiliser à ce jour. Ils essaient de les rendre faciles à utiliser avant nous d'avoir pensé pourquoi nous voudrions les utiliser. Encore une fois, nous avons besoin du monde du travail pour aider à cette transition. Et au-delà d'être un mauvais investissement, précipiter de manière précoce ces technologies sur le marché des consommateurs sans applications étonnantes, entraîne le risque que les consommateurs soient déçus et plus difficile à reconquérir une fois que la technologie sera enfin prête.
 
Il n'y aura jamais un autre produit comme l'iPhone, qui a changé le monde en l'espace de quelques mois.C'est très bien. Nous voulons tous voir l'avenir. Mais les choses n'arrivent pas un jour après l'autre, et les plus excitantes arrive généralement à des moments où personne ne s'y attend.
 

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