MindMaze rachète deux startups suisses

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MindMaze rachète deux startups suisses
25 Avril, 2018

Grâce à une ligne de crédit de 100 millions de francs, la licorne lausannoise de réalité virtuelle multiplie les acquisitions pour accélérer sa croissance. Rencontre exclusive.

Tej Tadi, fondateur de la startup MindMaze, première licorne suisse. (Crédits: DR)

 

Tej Tadi, fondateur de MindMaze, avait sidéré la Suisse en levant 100 millions de francs en capital, il y a deux ans, pour faire de sa startup la première licorne (entreprise valorisée à plus d’un milliard) helvétique. «Nous ne sommes pas assez rapides et pas assez grands», s’impatiente-t-il aujourd’hui.

 

Aussi, il y ajoute un nouveau financement que Bilan estime équivalent mais cette fois sous forme de ligne de crédit auprès des mêmes investisseurs. Malgré les fonds levés il y a seulement deux ans? «L’essentiel de ces capitaux est toujours là, répond le chef d’entreprise qui a recruté 100  personnes et bientôt 130 essentiellement à Lausanne. Cet emprunt a une vocation différente: effectuer des acquisitions.» Et, pour commencer, deux d’un coup.

 

Dream machine

La première (en cours) est locale puisqu’il s’agit d’un spin-off de l’EPFL. Intento développe une technologie de réhabilitation pour les victimes d’AVC. Comme MindMaze, mais alors que cette dernière le fait via un casque de réalité virtuelle qui mesure l’activité cérébrale des patients pour mieux guider leurs exercices, Intento a développé des textiles intelligents. Avec, des patients partiellement paralysés contrôlent eux-mêmes la stimulation de leurs muscles pour retrouver leur motricité.

 

«Le principe thérapeutique de notre solution a été testé avec succès sur 11 patients paralysés à la suite d’un AVC chronique, explique Andrea Maesani, CEO d’Intento. La majorité a montré des signes de réhabilitation clinique après seulement dix jours.» Intento mise sur la plasticité cérébrale et des technologies non invasives pour permettre au cerveau et aux nerfs en quelque sorte de se reconnecter.

 

Comme cela avait été le cas avec l’acquisition par MindMaze d’un autre spin-off, Gait Up et ses algorithmes d’analyse des mouvements du corps, celle d’Intento est donc complémentaire. Elle renforce la startup sur le marché médical qui reste sa priorité. Selon son fondateur, l’entreprise a traité 500 patients avec la version hospitalière de sa technologie et 600 avec la version portable. Et comme celles de Gait Up, les technologies d’Intento ont du potentiel au-delà du médical, en particulier pour ajouter le sens du toucher à la réalité virtuelle.

 

NeuroPro, la seconde acquisition actuellement en phase de finalisation, relève de la même logique complémentaire. Spin-off du Poly de Zurich, elle applique l’intelligence artificielle au diagnostic des maladies du cerveau. Ses logiciels comparent les signaux captés par les électroencéphalogrammes pour détecter des anomalies annonçant, par exemple, une crise d’épilepsie. «Nous avons construit un écosystème autour des signaux cérébraux», explique le fondateur de l’entreprise, Jamil El-Imad. En l’espèce, il s’agit d’une plateforme cloud qui structure ce big data cérébral. NeuroPro a dérivé ce que Jamil El-Imad appelle une «dream machine», soit l’application de la réalité virtuelle à des exercices de concentration et de pleine conscience.

 

Les capacités naturelles du cerveau

Ces acquisitions soulignent à quel point la plasticité cérébrale et la résilience sont au cœur de la stratégie de MindMaze. C’est critique car s’il s’avère difficile de soigner le cerveau avec des médicaments, ces technologies s’appuient sur les capacités naturelles du cerveau à récupérer sa santé. Une démarche que connaît particulièrement bien l’une des dernières recrues du conseil consultatif de MindMaze. Professeur à l’Université Stanford, Walter Greenleaf est un pionnier de l’utilisation de technologies numériques, en particulier de la réalité virtuelle, pour réhabiliter le cerveau, par exemple dans le cas de désordres post-traumatiques.

 

La composition de ce conseil consultatif et du conseil d’administration suggère toutefois que la stratégie de Tej Tadi ne s’arrête pas au secteur de la santé. Dans le premier, aux côtés de personnalités du monde médical comme l’ancien patron de Medtronic International Barry Wilson, du chef de la neurologie au CHUV, Richard Frackowiak, ou du neuroscientifique Adam Gazzaley, on trouve des personnalités de l’entertainment comme l’acteur et investisseur dans MindMaze Leonardo DiCaprio. Ils sont rejoints par l’homme d’affaires vaudois et élu au Conseil national Claude Béglé. Dans le second, en plus du neuro-scientifique Olaf Blanke, il y a Henk Rogers, le producteur du jeu Tetris et Ed Fries, cofondateur du projet Xbox, chez Microsoft.

 

C’est que la vision de Tej Tadi remonte à la publication en 2007 dans Science d’un article baptisé «Video ergo sum» (Je vois donc je suis) qui posait les bases de MindMaze. En substance, il s’agit d’utiliser tout le potentiel immersif de la réalité virtuelle pour soigner mais aussi pour apprendre ou se distraire.

 

Cela signifie d’intégrer un casque de réalité virtuelle pour la vision et l’audio, l’électroencéphalogramme pour mesurer les intentions du cerveau et un masque pour synchroniser les expressions du visage de l’utilisateur sur son avatar. Mais cela suppose aussi la capture des mouvements du corps (Gait Up), le retour de force et la stimulation (Intento), la capacité à traiter toutes ses informations (NeuroPro). Et sans doute d’autres acquisitions que la ligne de crédit de 100 millions va financer sans diluer le capital.

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