Le sexe made in France va bien et la VR s’en mêle

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Le sexe made in France va bien et la VR s’en mêle
04 Août, 2017

Créé en 1979, le groupe Dorcel, spécialisé dans la production et la diffusion de contenus pornographiques, affiche une insolente santé financière. À l'heure où il diversifie son activité, son PDG Grégory Dorcel, fils du fondateur de cette entreprise « pas comme les autres » (Marc Dorcel) qui en a repris les rênes en 2010, répond aux questions du Point.

 

Le Point : Les producteurs de films X sont à la peine depuis une dizaine d'années. Internet a-t-il tué le porno ?

Grégory Dorcel : Le coupable n'est pas Internet mais le retour de « l'ordre moral ». On entend souvent que le sexe a envahi la sphère publique. La réalité est toute autre. Il est en constante régression depuis quarante ans. En 1977, la moitié des cinémas des Champs-Élysées diffusait des films pour adultes. Le X représentait alors un tiers des entrées en salles. Il y avait des strip-teases de jeunes femmes sur la première chaîne de télévision (dans le cadre du Collaro Show, NDLR). Le dimanche matin, Véronique et Davina apparaissaient nues sous leur douche dans le générique de leur émission d'aérobic. Le dimanche soir, Benny Hill courait après des jeunes femmes en tenues sexy. Aujourd'hui, il est impossible de montrer un bout de sein sans se retrouver dans le collimateur d'associations…

 

Sur le Net, les contenus pornographiques sont pourtant omniprésents.

Oui. Et c'est un grave problème. Un sujet qui me préoccupe à plus d'un titre. Je trouve hypocrites ces associations qui nous font la guerre dès qu'on affiche une jeune femme légèrement dénudée sur un kiosque et qui ne font rien pour s'attaquer aux géants du Net qui diffusent en toute impunité des images explicites. Le groupe Dorcel mène d'ailleurs un travail de sensibilisation des pouvoirs publics sur le sujet. Il est inconcevable que des enfants puissent tomber sur de telles vidéos sans que soient mis en place des dispositifs technologiques pour les en protéger.

 

On ne s'attendait pas à ce que le PDG d'une société comme la vôtre tienne ce genre de propos.

Quand on est parent, on ne peut pas réagir autrement. Ce n'est pas parce que le groupe que je dirige propose à des adultes des produits destinés à leur permettre de s'épanouir sur le plan sexuel que je suis favorable à une dérégulation totale dans ce domaine. Bien au contraire. Notre business est certes « hors norme », mais nous le faisons de manière très carrée.

 

À propos de business, comment se porte le groupe Dorcel ?

Bien, très bien même. Nous réalisions 2,5 millions d'euros de chiffre d'affaires il y a vingt ans, nous sommes aujourd'hui autour de 35 millions.

 

Le développement d'Internet ne vous a donc pas affecté…

Au contraire, il a été un relais de croissance. Nous avons réussi à négocier au mieux les révolutions technologiques chaque fois qu'elles se sont présentées. Mon père avait commencé dans l'édition d'ouvrages érotiques puis de romans-photos. Lorsque la vidéo est apparue, il s'est lancé dans la VHS. Sont alors apparus les Compact Disc puis les DVD, le satellite et le Web. Nous sommes aujourd'hui sur le créneau de la 3D et de la réalité virtuelle. Nous développons aussi le groupe à l'international grâce à l'IPTV (la télévision sur Internet, NDLR).

 

En parallèle de ces activités numériques, vous revenez aussi au monde physique en créant un réseau de boutiques. Est-ce parce que le numérique met à mal votre business-model ?

Non. Même si les géants du digital que sont les plateformes de streaming ont fait beaucoup de mal à notre industrie, nous nous en sortons très bien. Ces sites internet proposent des contenus gratuits, souvent piratés, et de mauvaise qualité. Nous préférons produire des films soignés. Nos budgets de production atteignent jusqu'à 150 000 euros. Notre développement dans le commerce répond juste à une stratégie. Nous avons l'ambition de devenir un acteur majeur en matière de « lifestyle ». Nous défendons une vision qualitative du sexe et voulons permettre aux individus comme aux couples d'accéder au plaisir sexuel sans honte ni tabou. C'est pourquoi nos Dorcel Stores ne ressemblent pas à des « sex-shops », mais à des boutiques classiques où sont vendus des sex-toys, certes, mais aussi une ligne de lingerie que nous lancerons début août.

 

Allez-vous poursuivre le développement de magasins à travers la France ?

Oui. Nous avons cinq points de vente aujourd'hui dans l'Hexagone. L'objectif est de passer à quarante dans sept ans. L'activité média représente deux tiers de notre chiffre d'affaires contre un tiers pour l'activité distribution. Nous devrions à terme atteindre une répartition à 50/50, d'ici 2022.

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