Un drone pour filmer l'Opéra Garnier en 360 VR

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Un drone pour filmer l'Opéra Garnier en 360 VR
28 Février, 2018
Documentaire immersif en VR, « L'Opéra Garnier » fait partie de la collection, « Paris, l'envers du décor». François Bouchon / Le Figaro

 

Vincent Ravalec tourne « L'Opéra Garnier », documentaire en réalité virtuelle sur le Palais Garnier. Grâce à des prises de vue à 360°, l'appareil bardé de caméras permet de redécouvrir l'espace.

 

Après avoir survolé les toits, le drone est entré dans le grand hall du Palais Garnier.

À cet instant, c'est lui la vedette. Du réalisateur, Vincent Ravalec, au gérant de la société Skydrone, Antoine Vidaling, l'équipe du film est aux petits soins pour cette boule noire pleine d'yeux. Huit kilos, six hélices, des caméras partout.

 

Quand elle est prête, tout le monde doit se cacher. À la différence des tournages classiques, où ce qui est dans le champ et ce qui est hors champ est clairement délimité, avec des prises de vue à 360°, tout se trouve dans le champ. La seule façon d'assister au tournage est, paradoxalement, de se réfugier derrière un pilier. Frustrant, c'est sûr, quand on est venu observer.

 

« Il faut laisser le drone "droner", dit Vincent Ravalec avec philosophie. Cela demande d'être très croyant, car on ne voit rien ». Et l'image n'arrivera que deux jours plus tard, après le traitement par le logiciel.

Mais le cinéaste a apprivoisé cette manière de mettre en scène.

« On redécouvre l'espace par ce regard électronique. II faut penser en sphère et non plus dans la succession des plans, ce qui demande un switch mental. Cela m'intéresse de trouver des points de vue complètement nouveaux. Le drone va nous révéler des détails architecturaux qu'on ne voit jamais à l'œil nu. »

En somme, si on ne voit rien physiquement, c'est pour mieux voir plus tard virtuellement.

 

Le documentaire immersif qu'il est en train de tourner, L'Opéra Garnier, fait partie d'une collection, «Paris, l'envers du décor », coproduite par le Forum des images et TV5 Monde.

«La réalité virtuelle (VR) permet d'accéder de façon privilégiée aux monuments, commente Michael Swierczynski, directeur du développement numérique au Forum des images. L'idée est de visiter de façon insolite des lieux patrimoniaux emblématiques - et ceux que nous avons choisis ne sont pas nécessairement les plus touristiques. Vincent Ravalec, qui a une expertise dans la VR, est devenu le réalisateur de cette collection.

Nous avons déjà filmé un lieu religieux (Saint-Eustache), un lieu politique (l'Hôtel de ville), un lieu culturel (le Musée d Orsay). Nous restons dans la tradition du Forum des images, héritier de la Vidéothèque de Paris qui garde la mémoire de la capitale, mais avec l'ambition de la relier aux nouvelles technologies ».

 

Avec le Palais Garnier, lieu de spectacle vivant, les producteurs et le réalisateur vont plus loin.

« Le film est plus ambitieux, avec un scénario plus fort : il s'agit de montrer non seulement le lieu mais la vie qui s'y déroule. Il y a une action : une répétition avec une des danseuses. Et un fantôme de l'Opéra version VR. Avec un budget de 200 000 euros, c'est notre plus grosse production à ce jour », ajoute Michael Swierczynski.

 

« Un mythe qui perdure »
Vrombissement, courant d'air : les hélices se sont mises à tourner, le drone entre en action en se dandinant.

Il va monter une volée de marches et poursuivre son ascension à la verticale, jusqu'au plafond.

Une prise sans la danseuse, une prise avec elle qui gravit les marches dans une longue robe fluide d'un ivoire nacré.

Roxane Stojanov, coryphée, s'est vu proposer le rôle par Aurélie Dupont. Elle a déjà l'expérience de ce genre de tournage :

« J'ai fait quelques apparitions dans les créations numériques de 3e scène. Là, je représente une émanation charnelle de la Danse, sous le regard des dieux. ll y a un côté mythologique qui perdure. »

Elle évolue en improvisant sur un thème du Lac des cygnes qu'elle suit dans sa tête.

 

En arrivant au foyer, le drone a un malaise. Caprice de star ? Non, les techniciens penchés sur ce mini-scaphandre diagnostiquent un problème de carte.

En attendant qu'on en apporte une nouvelle, Vincent Ravalec suit la ballerine avec son téléphone, sous les dorures du foyer. C'est l'avantage d'avoir prévu plusieurs sources d'images: «Je compte mélanger les prises de vue du drone, celles d'une caméra sur grue à 180° et celles du téléphone. Et j'inclurai des plans en noir et blanc, sous forme de petites vignettes, comme si c'était des fantômes. »

 

Pour l'heure, le Palais Garnier ouvre ses portes au public, les premiers visiteurs commencent à arriver. Comme les fantômes, le drone disparaît avec ses enchantements numériques.

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